tea break chez Maryane

Mardi 23 septembre 2008



tea break chez Maryane


Maryane, c’est ma voisine. Elle exerce un drôle de métier : surveillante de cobayes.
Plus précisément, elle est médecin dans un laboratoire pharmaceutique et suit des personnes volontaires pour tester des médicaments. Contre rémunération intéressante, précise t’elle, je l’ai toujours soupçonnée de faire du racolage !
Elle est «du matin» ou du «soir». Elle a donc un peu de temps libre à la maison. Ce qui nous permet de papoter entre filles autour d’un thé : nos tea breaks.



Maryane a l’air furax. En me croisant au coin de la rue, elle me jette :
- Viens dans un quart d’heure !
C’est le genre d’invitation qui ne se refuse pas. En achetant mon pain, je prends un paquet de petits sablés. Le sucre adoucira peut-être son humeur.
L’appartement est sens dessus dessous.
- Vous avez été cambriolés ?
- Pourquoi tu dis ça ?
J’ai fait une boulette. Tant pis, j’assume :
- Tout est retourné, alors je croyais que…
- Nan c’est pas ça. C’est la guerre du linge.
-  ?
- Il m’a planqué mes culottes quelque part.
Mes voisins ont toujours eu des côtés un peu énigmatiques pour moi mais cette fois-ci je dois avouer que j’ai du mal à suivre.
- J’ai beau chercher partout, je ne les retrouve pas. Il a pas intérêt à me les avoir jetées sinon je lui lacère le kimono.
Maryane remet en place les coussins du canapé.
- J’ai apporté des gâteaux pour le thé. On pourrait s’installer et tu m’expliqueras ce qui se passe ici.
- T’as raison, j’ai complètement oublié notre thé.
Nous nous asseyons à la cuisine, pièce relativement épargnée par la fureur de Maryane.
- C’est à cause de Tobbias tout ça. Il est venu un soir avec son kimono de judo me dire que son prof lui avait fait remarqué qu’un kimono froissé ce n’était pas dans « l’esprit du judo ». Ah oui, je lui ai répondu, eh bien je vais te montrer un truc dans l’esprit du judo : tu vois la table à repasser et le fer aussi, eh bien mon gars, ça c’est l’esprit du judo. Tu crois quand même pas que je vais me mettre à repasser ton kimono non ? Alors Arbeit. On s’est engueulé.
Maryane en était à son troisième sablé. Le sucre a du bon parfois. Elle poursuit :
- Le lendemain, j’ai repensé à tout ce que l’on s’était dit. C’est de ma faute si on en arrive là. En devenant mère je me suis mise à m’occuper aussi de Tobbias. Je fais même ses valises quand on part . Il faut que j’arrête. J’ai pris la décision de ne plus m’occuper de son linge. Je ne lui ai plus rien lavé. Ses tiroirs se sont vidés petit à petit. Je l’ai vu ressortir des frusques qui dataient de Mathusalem. Tu crois qu’il m’aurait demandé quelque chose ? Rien. Je commençais à m’impatienter : quand allait-il essayer d’utiliser la machine à laver ? Eh bien non, même pas un commentaire sur le bac à linge qui dégueule. En représailles, il fait disparaître mes culottes ! Je ne m’en suis pas rendue compte tout de suite. Un soir que je rentrais du boulot, je suis allée à la buanderie pour décrocher du linge. Quelque chose avait changé. Il en manquait. Pourtant tout était bien réparti sur le fil. Tu te rends compte jusqu’où il est capable d’aller ! Il décroche mes culottes et il déplace ce qui reste de façon à ce que je ne m’en aperçoive pas.
Est-ce que Tobbias faisait ça pour lui pourrir réellement la vie ou par jeu ? Je trouvais ses moyens de rétorsion plutôt drôles. Maryane pas du tout.
- C’est un vrai gamin. Est-ce que tu aurais envie de vivre avec un ado attardé qui regarde des feuilletons débiles à la télé, qui laisse traîner ses chaussettes et qui te prend pour sa mère ?

Ouille ! Et si la guerre du linge n’était que l’arbre qui cache la forêt ?



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Mercredi 20 août 2008

tea break chez Maryane


Maryane, c’est ma voisine. Elle exerce un drôle de métier : surveillante de cobayes.
Plus précisément, elle est médecin dans un laboratoire pharmaceutique et suit des personnes volontaires pour tester des médicaments. Contre rémunération intéressante, précise t’elle, je l’ai toujours soupçonnée de faire du racolage !
Elle est «du matin» ou du «soir». Elle a donc un peu de temps libre à la maison. Ce qui nous permet de papoter entre filles autour d’un thé : nos tea breaks.



Maryane est revenue de vacances…avec, dans ses bagages, sa sœur. Sa sœur a 43 ans et elle vient de laisser tomber son mari. «La crise de la quarantaine» d’après Maryane.
Je fais connaissance de la frangine autour d’une tasse de thé.

Petra a tout plaqué. Même pas peur. Remise en question, marre du train-train, elle a décidé de prendre le large et de réaliser ses rêves oubliés dans les couches culottes, le caddie de Auchan et l’aspirateur. A elle la vraie vie. Maryane n’est pas fière de sa sœur, elle dit qu’elle a pété une pile. Moi je ne sais pas quoi en penser alors je me tais.
Ambiance…
- Tu ne prends pas de sucre ?
- Non je suis au régime.
- Et depuis quand ?
- Depuis ce matin.
- Tu veux perdre quelque kilos avant de te mettre en chasse.
- J’ai absolument pas l’intention de me retrouver un mec, qu’est ce que tu imagines.
- J’imagine rien mais vu le temps que tu as passé hier soir au téléphone, je pensais que tu avais déjà un dossier sous le coude.
- J’étais avec Clara, ma fille. Ce qui se passe avec son père la perturbe. Elle a 16 ans et est amoureuse. Forcément elle se pose des questions, est-ce que c’est l’homme de ma vie et patati et patata.
- Et toi tu lui dis quoi ?
Maryane est un peu agressive.
- Je lui ai répondu qu’elle avait bien le temps avant de se caser.
- Ah ben bravo ! Comment veux tu qu’elle y croit à l’amour avec une mère pareille.
J’ai bien envie de sortir sur la pointe des pieds car pour le coup je trouve que Maryane y va un peu fort, ce sont les histoires de sa sœur, elle n’a pas à lui en vouloir de quitter son mari.
- C’est pas parce que toi tu as rencontré Tobbias à 13 ans que c’est bien.
- Tu sors avec Tobbias depuis que tu as 13 ans ?
- Oui, Maryane n’a jamais connu d’autre mec, à ce qu’elle dit.
- Je suis désolée mais je l’aime toujours.
- On en reparlera dans 10 ans ma chérie.

C’était fou ça, Maryane est toujours avec son premier amoureux. On n’a jamais abordé le sujet, il faut dire que je ne suis pas non plus le genre de fille à parler sans cesse de ses ex comme on fait admirer sa collection de papillons, mais là je suis scotchée. Je ne pensais pas qu’il y avait des couples encore comme ça à notre époque. Ou alors des filles très moches ou très coincées…mais Maryane. Cette nouvelle démontre à quel point mon raisonnement est stupide.
On peut tomber amoureux à tout âge : à 30, à 50 ou à 13 ans.

Est ce que l’on est obligé d’essayer tout le magasin pour trouver la paire de chaussures qui va bien ? D’autres diront « mais si on essaie qu’une paire on ne saura jamais si on aurait été mieux dans une autre ». Et c’est là que s’arrête la comparaison, l’amour ça ne se trouve pas à tous les coins de rue, alors il ne faut pas laisser passer sa chance, quelque soit l’âge.
Clara a peut être trouvé l’homme de sa vie et sa mère veut essayer d’autres chaussures pour être sûre qu’elle a la bonne paire, ou alors peut être qu’elle a grandi des pieds ?






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Mardi 13 mai 2008

tea break chez Maryane


Maryane, c’est ma voisine. Elle exerce un drôle de métier : surveillante de cobayes.
Plus précisément, elle est médecin dans un laboratoire pharmaceutique et suit des personnes volontaires pour tester des médicaments. Contre rémunération intéressante, précise t’elle, je l’ai toujours soupçonnée de faire du racolage !
Elle est «du matin» ou du «soir». Elle a donc un peu de temps libre à la maison. Ce qui nous permet de papoter entre filles autour d’un thé : nos tea breaks.


En ce moment, je trouve ma plume plutôt morose voir même un peu trop noire. Pourtant la vie est belle, pas mal de vacances et de virées sympas mais voilà ce qui sort de mon crayon ou de mon clavier n’est pas gai-gai.
J’ai donc décidé de faire un tour chez Maryane dont la vie est pour moi une source d’inspiration cocasse intarissable.
 

Il fait beau, nous nous installons sur la terrasse.

- Alors quoi de neuf depuis la dernière fois ?
J’attends avec gourmandise une de ses anecdotes dont elle seule a le secret, mais son visage s’assombrit.
- Il y a quelques mois, j’étais très anémiée alors j’ai fait des tonnes d’examens pour en trouver la cause…rien de spécial. Suite à ça, ma sœur a voulu faire aussi une colo. J’en voyais pas l’intérêt mais comme c’est une obsédée de la prévention j’ai cédé. Je l’ai envoyée chez un confrère.
Là dessus elle enchaîne sur un jargon médical totalement incompréhensible pour moi dont ressort le terme «carcicome». Je sens bien que cela n'annonce rien de bon.
- Ça veut dire quoi ?
- Elle a un cancer de l’intestin grêle et déjà pas mal avancé !
- Mais elle n'avait aucun symptôme ?
- Aucun. En plus ma frangine est totalement hypocondriaque donc c’est dépistage de tout ce qui est possible, alimentation saine, sport etc…Et dire que je me suis foutue d’elle quand elle a voulu faire cette colo !
- Et ça donne quoi ?
- Putain, c’est mauvais de chez mauvais.
Je n’ose pas déconner pour lui remonter le moral. C’est vraiment dur, quelle attitude adopter face à ce genre de nouvelle ? Je ne me sens pas très bien, je prendrais bien un petit alcool fort moi dans mon thé.
- Elle est chez un chir super, le meilleur. Maintenant y a plus qu’à voir comment se passe la chimio.

Oui, la vie, ça peut aussi être ça.
Maryane me donne encore quelques explications techniques que je ne comprends pas. Je ne l’interromps pas, c’est sa façon d’exhorter le mal. Je sens de vieilles blessures se raviver, la mort d’êtres aimés. Merde alors, comment encaisser des coups pareils ? Je n’ose pas poser la question du diagnostic vital mais Maryane connaît certainement les statistiques.

On reste muette quelques minutes, chacune dans ses pensées.
- Je suis désolée, on ne se marre pas vraiment aujourd’hui.
- Ouais, tu m’as juste pourrie la journée et la semaine à venir.

On s'est mise à philosopher sur la vie et l’importance de profiter de l’instant présent.

Alors non, mes papiers ne vont pas s’alléger.
Désolée.


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Mardi 8 avril 2008
tea break chez Maryane


Maryane, c’est ma voisine. Elle exerce un drôle de métier : surveillante de cobayes.

Plus précisément, elle est médecin dans un laboratoire pharmaceutique et suit des personnes volontaires pour tester des médicaments. Contre rémunération intéressante, précise t’elle, je l’ai toujours soupçonnée de faire du racolage !
Elle est « du matin » ou du « soir ». Elle a donc un peu de temps libre à la maison. Ce qui nous permet de papoter entre filles autour d’un thé : nos tea breaks.

- Tu es là la semaine prochaine ?
- Oui, pourquoi ?
- Parce que je serai malade.
-  … ?
- Tobbias m’a encore monté un plan foireux. Il nous a organisé une semaine de ski avec Christina. Elle, elle est sympa mais son mec, c’est une vraie plaie. On est parti l’an dernier avec eux et cela a failli tourner au meurtre. Il est insupportable, il sait toujours tout, pire qu’un toubib ! Il est ingénieur à l’Ademe, alors il arrête pas de nous faire des leçons sur ce qui est bon ou mauvais pour l’environnement. C’est le mec qui calcule ta conso d’énergie plus vite que son ombre. Par exemple, il n’a pas de bagnole parce que cela pollue, par contre cela ne le dérange pas de monter dans la tienne. Ensuite, il n’arrête pas de surveiller ta vitesse  ; t’as pas le droit de dépasser les 110 km /heure sur l’autoroute. Pour consommer moins ! En plus il ne supporte pas les gosses. Alors t’imagines avec le p’tit gros. C’était l’enfer. Si on l’avait écouté on aurait dû le bâillonner ou le laisser sur le balcon. Eh oui, bien habillé, il aurait pris un bon bol d’air…frais. J’ai failli le pousser du télésiège une paire de fois. Alors que Tobbias me refasse le coup en douce, ça je ne peux pas l’accepter. Mais quoi, on a pas d’amis ? Pourquoi eux ?
- Tu vas faire semblant d’être malade ?
- Non, je SERAI malade. Suffisamment malade pour devoir rester à la maison. Tu peux pas savoir comme je rêve d’une semaine de solitude. Sans mec, sans gosse.
- Et c’est quoi ton plan au juste ?
- Je vais piquer un truc au labo. Mais attention, c’est top secret. C’est une molécule qui n’est pas encore commercialisable car dès que tu la prends, t’es malade comme un chien. Il suffit d’une pilule et tu montes à 40 de température, t’es à essorer et tu peux même aller jusqu’à vomir.
- C’est horrible.
- Oui, mais efficace. En trois jours s’est fini. Donc si je la prends jeudi, je suis malade vendredi, samedi et dimanche.
- C’est pas un peu extrême ? Et si tu étais vraiment malade ? Je veux dire plus gravement et plus longtemps.
- C’est pour ça que je t’ai demandé si tu partais.
- Pour t’emmener aux urgences.
- Surtout pas, t’es folle. Si quelqu’un apprend ça, je me fais virer et radier de l’Ordre même.
- Je crois que tu devrais plutôt discuter de ce problème avec Tobbias, je le sens mal le coup de la pilule.
- Je t’assure, je ne peux pas. J’ai essayé mais c’est trop tard, tout est prévu. Et puis il y a Christina, je ne veux pas faire de scandale.
- Tu préfères être malade comme un chien ?
- Oui. C’est ce que j'assumerai le plus facilement.


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