textes au fil de l'eau

Mardi 13 octobre 2009



En une phrase, elle a pris dix ans.

Son mascara coule. Ses cheveux lui brouillent la vue. Recroquevillée  sur son canapé, elle sanglote doucement. Elle pleure sur elle, sur le temps qui a filé. Qu’est-ce qui s’est passé pendant toutes ces années. Elle n’a pas changé pourtant.

C’est précisément ce qu’il lui reproche. Pour lui, ne pas évoluer, c’est s’encroûter, c’est se dégrader. Il ne l’aime plus. Pas besoin qu’il le lui répète, elle a bien compris. Ce qu’elle ne parvient  pas à saisir, c’est pourquoi ? Il a quelqu’un d’autre ? Cette question l’exaspère. Non il ne la quitte pas pour une autre, il la quitte simplement parce qu’il ne peut plus continuer comme ça. Les éléphants partout, en bibelot, en motifs, encadrés, en peluche…il étouffe. Le rose et le noir, ses couleurs fétiches ; sa mère et toutes ses copines célibataires.

Il jette tout. Il a besoin d’air. De vide. Il ne veut plus de son statut de coq de basse cour, il veut retrouver  sa liberté même s’il  doit affronter la solitude. Il veut retrouver ses potes, il veut retrouver ses sœurs. Il veut qu’on l’aime mais pas qu’on l’enferme. Il espère repartir du bon pied, il rêve de sa nouvelle vie. Il est déjà à des années lumière d’elle.

Il l’a laissé au bord de la route, lui, son éléphant préféré.





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Mercredi 3 juin 2009



Depuis que les beaux jours sont revenus, j’attends ce moment toute la semaine. Je scrute le ciel : va t’il pleuvoir ?
Non. Temps mieux.


Etre seule avec elle. Serrer son énergie entre mes cuisses.
Le combat est inégal, je le sais. Pourtant je la dompte, je canalise son impulsivité.
Doucement.
Je la couche avec volupté. Nous tournons ensemble. Nous ne faisons qu’une. Tout mon corps allongé, les bras tendus et les poings serrés.
Parfois j’aimerais fermer les yeux. Mais il vaut mieux ne pas y penser, je dois garder le contrôle.

C’est difficile. Avec elle je perds toute notion du réel.
Je suis immortelle.
Je fends l’espace avec impertinence. Je défie les lois, je m’oublie.

Dans un éclair de lucidité, je me vois projetée, séparée de ma belle machine qui glisse sur le bitume. Mon corps rebondit sur le sol.
Instinctivement je décélère.


Ivresse de la vitesse quand tu nous prends.


Des belles bécanes








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Lundi 9 février 2009



Il était là, assis.
Les membres solidement noués. Il se tenait bien droit. On percevait à une légère crispation de son visage qu’il s’efforçait à garder la tête haute. Il cherchait à paraître solide, inébranlable, détaché du monde des vivants. Au-dessus de la mêlée. Et pourtant ! Dans ce corps de marbre, tout c’était effondré. Il n’était plus qu’une enveloppe vide. Une belle enveloppe, certes. Une idole acclamée par les foules. Une idole perchée dans le ciel. Seule. Et voilà que tout à coup, apporté par le souffle de la mer, un oiseau braillard et insolent se posa sur sa tête.
En bas, les fidèles hurlèrent au sacrilège.
Il ne les écoutait pas.
Il sentait les petites pattes piétiner le sommet de son crâne. Il ressentait les vibrations du roucoulement grave qui s’échappait de la gorge du volatil. Les embruns salés qui accompagnaient son nouveau compagnon pénétrèrent son corps. Et si la vie renaissait ? Il se reprit à rêver. Rêver qu’il se levait.
BANG !
La clameur de la foule exultant s’éleva avec violence : ils ne l’avaient pas loupé cet animal de malheur !






Les Bouddhas de Nice
À peine nettoyées du guano qui les recouvrait les sept bouddhas de « Conversation à Nice » l’oeuvre de l’artiste catalan Jaume Plensa, sont redevenues le perchoir favori des mouettes et autres volatiles qui regardent les passants traverser l’esplanade Masséna. Les sept statues, au sommet de leurs mâts d’acier de plus de 10 mètres de haut, sont censées représenter les 7 continents en «une métaphore sur la relation entre les différentes communautés qui font partie de la société d’aujourd’hui». Allumées de l’intérieur avec des lumières cinétiques, les sept œuvres passent doucement d’une couleur à l’autre



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Lundi 2 février 2009


Aujourd’hui, au cœur de la douce forêt de Pouna, quelque chose s’est produit dans le Palais de Ghitta.
La grande salle de réception, ornée de ses fresques défraîchies s’est mise à revivre l’espace d’un instant. De frêles petites silhouettes ont animé le mur.
Craintives mais curieuses, elles se sont laissées capter par le reflet du beau miroir. Minuscules dans cet immense décor, elles se sont figées. Leur image, estompée par l’étain craquelé, s’est confondue avec les arabesques lavées par les caresses du temps. Ainsi durant une poignée de secondes, elles sont devenues le mur. Elles ont appartenu au Palais.
Assaillies par la mémoire des pierres, par les chuchotements des enduis et la langueur des couleurs, dans un mouvement de recul incontrôlé, elles ont bondi hors du reflet.

Le choc d’une rencontre hors du temps.






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