Mardi 1 juillet 2008



- Asta luego Maria.
Je tape sur la poche arrière de mes jeans pour vérifier que mon paquet de Fortuna est bien en place. Je sors ce soir. Depuis que j’ai quitté Luis et que je suis venue avec Javier vivre à Barcelone, on se serre les coudes avec Maria. Entre mères divorcées, il faut s’entraider. On partage le même appart, on fait les courses ensemble et on se relaie pour s’occuper des enfants.

L’air est doux sur la Rambla. Il est encore tôt, la nuit vient à peine de tomber. Elle sent l’eau de Cologne. Les enfants, dans les poussettes, jouent avec leur tétine. Des bandes d’adolescentes se poussent du coude en croisant les garçons. Des Africains vendent des babioles et des contre-façon à la sauvette. Je marche en tordant des fesses. J’adore ça. Quand je croise le regard un peu appuyé d’un homme, je secoue ma longue chevelure brune en le snobant. Je me prends pour une héroïne de Pedro Almodovar.

Je rentre chez Paco. La musique hurle et l’écran de télé éclaire le fond de la salle. Au bar, Irena et Lucia grignotent déjà. Comme toujours je prends des calmars persillés et sangre, du sang caillé.
- qu’est ce que tu boira avec ça, guapa ?
- une Corona.
Les tapas sont devenues hors de prix. Alors je prends le minimum pour pouvoir squatter le bar sans que le barman me regarde de travers. Avec les filles, on va passer la nuit dehors.

Après Paco, on marchera un peu. On se posera sur le muret du bord de plage et en grillant deux, trois Fortuna, on regardera la foule s’écouler sur les damiers de la promenade. Je fais la fière mais quand je vois ces gentilles petites familles, j’ai parfois le cœur qui se serre. Combien de fois j’ai failli retourner avec Luis ?

Allez, on va bouger ? Au Mariposa, il y a Rosabel avec sa voix de rocaille. Elle nous fait passer du rire aux larmes. Plus elle se sort les tripes et plus on tape des pieds et des mains. La chaleur monte, la sueur coule. C’est comme ça que je me lave des coups de Luis, de mon boulot de merde, de mon porte-monnaie vide et des reproches de ma mère. Et quand on est bien trempé, on s’en va.

On frissonne un peu dans la fraîcheur du petit matin mais on se sent bien, libre.




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Mercredi 26 mars 2008


C’était un jour plombé comme il y en a tant en novembre. Sa lumière blafarde recouvrait tout de sa morosité. Les corneilles criaient lugubrement. Les arbres exhibaient leurs membres nus et décharnés.
Je me tassais, seule sur ce banc, engourdie, ankylosée par la grisaille ambiante. Sans que je sache pourquoi une immense tristesse m’envahissait. J’étais en train de couler dans le paysage. Il m’absorbait, m’infiltrait. Et comme ses lianes métalliques pendant avec lassitude entre deux pylônes, je sentais mes épaules s’effondrer.

« Je peux »

Une voix avait soufflé ces deux mots et, sans attendre ma réponse, s’asseyait à côté de moi. Qu’importe, tout m’était égal. Pourtant dans un dernier soubresaut, je tournai la tête. Je fus frappée en plein cœur. Une décharge électrique venait de me ressusciter. Il y avait tellement de vie dans ce sourire. Un rayon de soleil transperça l’opacité du ciel et entra dans mon œil.

C’est ainsi que je fis la connaissance de Jun. Une rencontre au creux de la vague qui allait modifier la palette des couleurs de mon environnement.




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