Dans chaque parcelle de vie, il y a une Alida et il y a un Hyacinthe.
Où que tu cherches, quelque soit l’objet, le lieu, les personnes qui retiennent ton regard, tu
trouveras Hyacinthe et Alida.
Le papillon butinant fébrilement cette fleur des champs ; c’est Hyacinthe et Alida. Ces enfants
sur la vieille photo jaunie ; c’est Hyacinthe et Alida.
Parfois, les débusquer est plus difficile. Cela demande une certaine habitude. Ces montagnes
enneigées ? Ce petit port de Vendée ? Ils sont là : l’un accroché aux nuages, l’autre scintillante au soleil ; l’un faisant claquer les haubans, l’autre caressant les coques
de bois.
Comme le Yin et le Yang, ils se complètent et forment un tout.
Ils sont le « d » qui s’extrait du vide pour faire naître la vie.
Son mascara coule. Ses cheveux lui brouillent la vue. Recroquevillée sur son canapé, elle
sanglote doucement. Elle pleure sur elle, sur le temps qui a filé. Qu’est-ce qui s’est passé pendant toutes ces années. Elle n’a pas changé pourtant.
C’est précisément ce qu’il lui reproche. Pour lui, ne pas évoluer, c’est s’encroûter, c’est se
dégrader. Il ne l’aime plus. Pas besoin qu’il le lui répète, elle a bien compris. Ce qu’elle ne parvient pas à saisir, c’est pourquoi ? Il a quelqu’un d’autre ? Cette question
l’exaspère. Non il ne la quitte pas pour une autre, il la quitte simplement parce qu’il ne peut plus continuer comme ça. Les éléphants partout, en bibelot, en motifs, encadrés, en peluche…il
étouffe. Le rose et le noir, ses couleurs fétiches ; sa mère et toutes ses copines célibataires.
Il jette tout. Il a besoin d’air. De vide. Il ne veut plus de son statut de coq de basse cour, il veut
retrouver sa liberté même s’il doit affronter la solitude. Il veut retrouver ses potes, il veut retrouver ses sœurs. Il veut qu’on l’aime mais pas qu’on l’enferme. Il espère repartir
du bon pied, il rêve de sa nouvelle vie. Il est déjà à des années lumière d’elle.
Il l’a laissé au bord de la route, lui, son éléphant préféré.
Depuis que les beaux jours sont revenus, j’attends ce moment toute la semaine. Je scrute le ciel : va
t’il pleuvoir ?
Non. Temps mieux.
Etre seule avec elle. Serrer son énergie entre mes cuisses.
Le combat est inégal, je le sais. Pourtant je la dompte, je canalise son impulsivité.
Doucement.
Je la couche avec volupté. Nous tournons ensemble. Nous ne faisons qu’une. Tout mon corps allongé, les bras tendus et les poings serrés.
Parfois j’aimerais fermer les yeux. Mais il vaut mieux ne pas y penser, je dois garder le contrôle. C’est difficile. Avec elle je perds toute notion du réel.
Je suis immortelle.
Je fends l’espace avec impertinence. Je défie les lois, je m’oublie. Dans un éclair de lucidité, je me vois projetée, séparée de ma belle machine qui glisse sur le bitume. Mon corps rebondit sur le
sol.
Instinctivement je décélère.
Il était là, assis. Les membres solidement noués. Il se tenait bien droit. On percevait à une légère crispation de son visage qu’il s’efforçait à garder
la tête haute. Il cherchait à paraître solide, inébranlable, détaché du monde des vivants. Au-dessus de la mêlée. Et pourtant ! Dans ce corps de marbre, tout c’était effondré. Il n’était plus
qu’une enveloppe vide. Une belle enveloppe, certes. Une idole acclamée par les foules. Une idole perchée dans le ciel. Seule. Et voilà que tout à coup, apporté par le souffle de la mer, un oiseau
braillard et insolent se posa sur sa tête. En bas, les fidèles hurlèrent au sacrilège. Il ne les écoutait pas. Il sentait les petites pattes piétiner le sommet de son crâne. Il ressentait les vibrations du roucoulement grave qui s’échappait de
la gorge du volatil. Les embruns salés qui accompagnaient son nouveau compagnon pénétrèrent son corps. Et si la vie renaissait ? Il se reprit à rêver. Rêver qu’il se levait. BANG ! La clameur de la foule exultant s’éleva avec violence : ils ne l’avaient pas loupé cet animal de malheur !
Les Bouddhas de Nice À peine nettoyées du guano qui les recouvrait les sept bouddhas de « Conversation à Nice » l’oeuvre de l’artiste catalan Jaume
Plensa, sont redevenues le perchoir favori des mouettes et autres volatiles qui regardent les passants traverser l’esplanade Masséna. Les sept statues, au sommet de leurs mâts d’acier de plus de
10 mètres de haut, sont censées représenter les 7 continents en «une métaphore sur la relation entre les différentes communautés qui font partie de la société d’aujourd’hui». Allumées de
l’intérieur avec des lumières cinétiques, les sept œuvres passent doucement d’une couleur à l’autre
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