Jeudi 18 juin 2009


Ça y est. Cela me reprend.
Au feu, derrière mon volant, je regarde ces femmes pousser leur poussette vide et je me remets à envier leur sort.
N’avoir rien d’autre à faire qu’à rentrer chez moi.
Je rangerais la table de la cuisine sur laquelle il doit encore traîner la boite à sucres et aussi peut-être la confiture. Je balaierais les miettes tombées du grille-pain. Puis j’irais dans les chambres des enfants, je ferais les lits après avoir secoué les couettes par la fenêtre. Je commencerais tout doucement, tranquillement à penser au repas de midi. J’irais étendre une machine de linge. Je commencerais à éplucher mes légumes, peut-être même en écoutant la radio. Le téléphone sonnerait. Un vendeur de l’autre bout du monde essaierait de me faire acheter de la Porcelaine de Limoges ou des pipes de St Claude. Je lui dirais, sans m’énerver, que je ne suis pas intéressée et je lui souhaiterais une bonne journée. Je jetterais un coup d’œil à la pendule de la cuisine en me dépêchant de retourner mon rôti avant qu’il ne brûle. L’heure d’aller chercher les enfants à l’école serait bien vite arrivée…

Ne pas être emportée par la course à la performance, à la réussite, à l’apparence ; à la gagne quoi.
Lâcher prise et laisser son cerveau en roue libre. Ne pas sortir de la caverne pour aller gagner sa nourriture. Attendre l’homme.
Tout attendre de l’homme ?
Dépendre de l’homme ?






En poussant ma poussette, je jette un coup d’œil à la voiture arrêtée.
Je vois cette femme derrière son volant.
Ça y est. Cela me reprend.
Je ne suis qu’une merde. Juste bonne à faire la boniche. Si j’avais un boulot.
Je me maquillerais le matin, enfilerais le petit pull que je me serais acheté la veille pendant ma pause de midi. Je déposerais les enfants à l’école et j’irais au bureau. En arrivant, je passerais voir ma collègue Sophie. On boirait un café en riant et en nous racontant des histoires de filles. Ensuite j’allumerais mon ordinateur et je consulterais mes mails. Je me baladerais un petit peu sur mes blogs favoris avant de préparer ma réunion. Je relirais mon power point sur la présentation de notre nouvelle campagne de lancement du dernier né de la boite. Je sortirais mon Iphone de son étui de cuir pour caler le déjeuner de midi avec des copines. J’irais voir le studio pour m’assurer que les maquettes sont corrigées. Je croiserais le regard de Xavier et cela me rassurerait sur mon pouvoir de séduction.
Etre vivante, exister au lieu d’être terrée dans ma cuisine. Me sentir femme et pas seulement mère. Avoir le sentiment de guider ma vie, d’être libre, indépendante.
Forte.
Aussi forte que l’homme ?
Désirée par l’homme ?




Publié dans : les humeurs de Plume - Communauté : Plaisirs d'écrire
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