Lundi 8 juin 2009


- Mince, quelle heure est-il ?
Pauline sauta d’un bond du lit. Elle avait dû se rendormir. Elle attrapa son réveil : 9 heures. Elle avait rendez-vous avec le traiteur à 9h30. Elle prit le téléphone et appela la galerie. Heureusement Julie répondit.
- Julie, c’est Pauline. Je viens de me réveiller, mon réveil n’a pas sonné. Ecoute est-ce que tu peux prévenir le traiteur qu’il vienne une heure plus tard.
- Oui. T’inquiète pas Jules n’est pas encore arrivé.
- Oui, je sais. Laissa échapper Pauline.
- Comment ça tu sais ? Releva Julie avec suspicion.
- Je t’expliquerai. A tout à l’heure.

Le remue-ménage de Pauline avait réveillé Jules. Il s’étirait, la tête en vrac. Pauline prépara son infect café et servi deux grands bols.
- C’est vraiment sympa de m’avoir accueilli hier soir. Matt ne me supporte plus. Je ne sais vraiment pas vers qui me tourner. J’ai tellement honte.
- Honte de quoi ? demanda Pauline.
- Honte d’être alcoolique. Avant j’avais honte d’être homo maintenant j’ai honte d’être alcoolo !
Prononcer ce mot semblait lui faire mal. C’était comme si chaque fois qu’il le mâchait cette réalité l’accablait un peu plus.
Pauline lui sourit.
- Jules, il faut que je me dépêche d’aller à la galerie mais je te promets qu’après le vernissage on s’attaque à ton problème. Je me sauve, fais comme chez-toi. Je te laisse les clés, à plus tard.
Le traiteur attendait depuis dix minutes et affichait une mine contrariée. Ils devaient étudier ensemble la disposition des buffets. Pauline tenait également à tester les cocktails sans alcool. La soirée serait non alcoolisée.

Quand il fut enfin parti, Julie passa la tête dans son bureau.
- Je peux entrer ?
Elle brûlait d’impatience de questionner Pauline sur les événements de la nuit. Pauline le savait et lui proposa de s'asseoir.
- Dis-donc il est pas très commerçant ce traiteur. J’espère que c’est pas lui qui fait le service.
- Ah oui, j’ai oublié de reparler de ça avec lui ! Il faut que je le rajoute sur ma liste. On va faire le point ensemble car j’ai peur d’oublier quelque chose. Pauline se retourna et griffonna un papier punaisé sur un grand tableau de liège derrière
elle.
- Jules n’est toujours pas arrivé. Remarqua Julie avec un sourire plein de sous-entendus.
- Qu’est-ce que tu t’imagines Julie ?
- Mais je n’imagine rien, je constate.
- Et alors Sherlock Holmes ? Pauline s’amusait.
- Jules a passé la nuit avec toi, n’est-ce pas ?
- Jusque là tu n’as pas tort.
- Et c’était comment ? Julie était directe.
- Mouvementé !
- Non mais franchement. Je me suis toujours demandé comment il pouvait être au lit.
- Alors tu ne sais pas ?
- Qu’est-ce que j’ai loupé encore ?
- Jules est homo.
Julie blêmit. Elle semblait pétrifiée. Pauline ne savait pas comment interpréter sa réaction.
- T’as couché avec un pédé ?
- Je te dis qu’il est homo donc il ne couche pas avec les filles. Il est resté chez moi car il était mal. Il a des problèmes. C’est tout.
Pauline avait, sans s’en rendre compte, un peu haussé le ton. L’attitude de Julie, quoi qu’incompréhensible, avait quelque chose qui lui déplaisait. Julie se leva. Du blanc, elle était passée au rouge. Elle semblait hors d’elle.
- Jules est pédé. Gronda-t’elle. Je ne peux pas supporter les pédés. Ca me dégoûte.
Elle sortit.

Pauline entendit Jules lui lancer un bonjour amical dans le couloir. Julie lui hurla : «Toi ! Ne m’approche pas. Ne me touche-pas ! Mais c’est pas vrai et je ne me suis rendue compte de rien !».
La porte d’entrée de la galerie claqua bruyamment.
- Qu’est-ce qu’il lui prend ? S’inquiéta Jules.
- C’est le stress. Elle est en crise, il faut attendre qu’elle se calme. Répondit Pauline.
Jules repartit en haussant les épaules.
- Il vaut mieux ne rien lui dire pour l’instant. Pensa Pauline.

Elle venait de se rendre compte à quel point elle avait été aveugle. Sa merveilleuse petite équipe gagnante n’était en fait qu’un malheureux trio de paumés.
Ils couraient à la catastrophe : personne ne viendrait au vernissage. Ce serait l’humiliation complète sans compter la perte financière ! Pauline passa une semaine à broyer du noir.





Publié dans : brouillons - Communauté : LA PLUME D'ECRIVAINS
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