Vendredi 8 mai 2009
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16:39
En me retournant après avoir bouclé la porte d’entrée, j’eus l’impression d’être dans
un tombeau : cette odeur de renfermé, ce manque de lumière, ce décor pesant. Tout était lourd. J’avais besoin de vide. J’avais traversé le couloir sans m’en rendre compte, comme un automate. Ma
mère me regardait. J’eus un bref instant la sensation qu’elle me contemplait. Demeurerais-je toute ma vie ce petit garçon en quête d’amour maternel ? Il suffisait qu’elle m’aime un peu pour que
j’en sois tout chamboulé. Pour que je lui pardonne.
- Lothaire, elles sont magnifiques. Que me vaut cet honneur ?
- Y a t’il besoin d’occasion pour offrir des fleurs ? Je vais chercher un vase.
Il fallait vite que je lui échappe. Bêtement je sentais mon coeur se serrer et mes yeux se brouiller.
- Prends le vert dans le vaisselier de la salle à manger.
En arrivant dans cette pièce, je tirai les voilages et ouvris les fenêtres en grand. Il fallait qu’on respire ici.
- Eh bien Lothaire, on dirait que tu as eu une bonne journée ?
Son oeil frisait.
- Tu as fait des affaires ?
- J’ai bien travaillé, oui. Si on allait au restaurant demain ?
- Lothaire, tu sais bien que c’est difficile pour moi. J’aimerais te faire plaisir mais ce ne sera pas possible. Si tu veux, on ouvrira une bonne bouteille. Tu iras la choisir à la cave.
J’étais emmuré vivant.
Comme chaque soir, nous nous retrouvions face à face pour le dîner. Dans cette salle à manger immuable. J'avais l'impression que ma vie tournait en boucle.
Je n’attendis pas le lendemain pour choisir le vin.
- Mais enfin qu’est ce qui t’arrive Lothaire ? Vas-tu m’expliquer ?
- Mais rien mère. J’ai simplement envie de vivre.
- De vivre…Répéta t’elle d’un air songeur. Elle semblait inquiète tout à coup.
- Allez trinquons à ce bon week-end qui se prépare.
J’avais senti son sourire se crisper. Pour elle s’était trop tard, elle ne pouvait plus sortir de son trou noir mais moi je pouvais encore peut-être y arriver.
- J’ai pensé que l’on pourrait refaire la décoration de l’appartement.
- Mais Lothaire, nous ne sommes pas au printemps.
- Pourquoi, il y a une saison pour ça ?
- Au printemps il fait meilleur, il fait plus clair, c’est beaucoup mieux pour les travaux. On va rentrer dans l’hiver, voyons.
Elle agitait ses mains et s'en prenait compulsivement aux couverts. Cette idée la perturbait.
- Alors je peux commencer par le grand bureau, personne ne l’utilise. J’ai envie d’en faire ma chambre.
- Mais il n’y a pas de salle de bain attenante.
- On en installera une.
- Pitié Lothaire arrête, tu m’épuises. Tu veux me tuer ou quoi ? Tu te rends compte des travaux que cela implique. Installer une salle de bain !
Elle levait les yeux au ciel.
- Arrête de boire autant. Mais qu’est ce qui t’arrive, tu vas me le dire à la fin.
Elle s’énervait. Peut-être avait-elle peur que je ne lui échappe ?
- J’en ai assez de vivre comme un vieux dans ce musée. Vous aussi vous avez l’air d’une vieille femme. Il faut dépoussiérer tout ça, sinon on va en crever.
Je n’avais jamais parlé comme ça à ma mère. Etait-ce l’alcool ou l’instinct de survie ? Elle me regardait avec stupeur. Puis elle fronça les sourcils en baissant la tête.
- C’est un peu tard pour faire ta crise d’adolescence.
C'était tout elle ça : désespérante et cinglante. Malgré son regard noir je me resservis un verre, je ne pouvais pas capituler sur tout. Je restai silencieux le reste du repas, en représailles.
Après avoir rangé la table, je partis dans ma chambre.
Cette pièce aussi était hideuse : des meubles sombres, une tapisserie à rayures verticales, des tableaux insipides, et surtout des doubles rideaux tellement épais qu’ils semblaient cartonnés. Je
m’allongeai sur le lit sans me déshabiller, les yeux fixés au plafond. Le blanc était si reposant.
Publié dans : brouillons
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