Fiction en cours d'écriture...
(voir la rubrique brouillon)
Le cliquetis de mes clés dans
la serrure avait dû l’alerter. A peine avais-je déposé ma veste qu’elle m’appela.
- Lothaire, c’est toi
?
C’était sa façon de me dire
«viens me voir». Sans répondre, je parcourus le long couloir en direction de sa chambre. C’était à elle seule un appartement. Depuis plusieurs années, une maladie dégénérescente l’avait clouée au
lit. Elle ne semblait pas souffrir de cet état de fait. Elle n’avait jamais aimé sortir de chez elle. Ainsi, elle avait, au regard du monde, une justification toute trouvée pour refuser les
invitations. Cette pièce était son univers. Rien n’y bougeait sans sa volonté. Le temps y avait été pris au piège et s’était figé quelque part entre les années 70 et 80. La porte demeurait
toujours ouverte afin qu’elle puisse entendre la maison. Assise dans son lit majestueux comme un souverain sur son trône, elle tapotait doucement le couvre lit près de sa cuisse. Je déposai un
baiser sur son front. Sa peau était légèrement graisseuse et plissait sur l’os de son crâne. Je m’assis docilement sur le lit. Je n’avais pas encore décroché un mot. Comment extirper de son
cerveau tout ce qu’elle me cachait ? Le mystère de ma naissance venait encore de s’épaissir. Elle m’avait confisqué mon père et maintenant voilà qu’elle avait choisi mon sexe. Elle avait voulu
faire de moi un garçon. Pourquoi ? Pour remplacer l’homme qui l’avait fui, mon père ?
Elle avait certainement perçu
la petite virgule d’amertume au bas de ma lèvre. La même fossette, qui lorsque j’étais enfant, se creusait pour annoncer mes sanglots. Elle sentait que j’en avais gros sur la
patate.
- Raconte-moi ta
journée.
Est-ce que je lui parlais de
ma visite chez l’urologue, de ce qu’il m’avait appris ? La colère montait en moi comme un roulement de tambour. Une main invisible comprimait ma gorge et retenait ma fureur. Malgré mon
ressentiment, je ne parvenais pas à expulser mes reproches. Ils restaient bloqués à mi-chemin entre mes tripes et ma bouche. Ça faisait mal, mais cela ne sortait pas. Jamais. Jamais, je ne
m’étais fâché ouvertement avec ma mère.
Je décidai de tout mettre sur
le dos de Gomez.
- La banque ne va pas bien. Je
crois que Gomez va nous causer des problèmes.
- Veux-tu que j’en parle à
Rivière ?
- Non, surtout pas. Il ne
bougera pas d’un pouce, il doit aussi être dans ses petits souliers.
- Ce Perez ne va pas nous
dicter sa loi ! Il n’est même pas d’ici.
- Gomez,
Mère.
- Oui, bien quelle différence.
Si Rivière n’est pas à la hauteur, il a toujours été faible – reconnut-elle avec dégoût – il y a d’autres moyens de régler le problème.
- Mère, je vous en prie.
Laissez les choses suivre leur cours. Pour une fois, que cela se passe normalement.
- Normalement. Qu’est-ce que
cela veut dire pour toi normalement ? Tu acceptes de te voir imposer ta conduite sans broncher. C’est pas comme ça que je t’ai éduqué.
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