Extrait
Pauline marcha vers la table de Milo. Ses cheveux noirs se répandaient sur sa veste noire également.
Lorsqu’elle vit son visage, elle fut frappée par son immense tristesse et sa grande pâleur. Un maquillage très élaboré redessinait ses traits et lui donnait l’air d’une héroïne de BD fantastique.
Elle devait avoir moins de trente ans.
- Bonjour, je suis
Pauline.
Milo fit la moue :
- Vous êtes venue accompagnée ?
Pauline fronça les sourcils sans comprendre puis se retournant vers Mikaël qui l'observait répondit :
- Oh, vous parlez de l’homme qui nous regarde ? Non, il n’est pas avec moi.
Elle s’assit. C’est bien ce qu’elle craignait. Le choc de la rencontre. Elles se
vouvoyaient. Rien ne serait plus comme avant. Rien ne les reliait si ce n’était une folie commune. Pauline avait la tête vide, plus elle cherchait quoi dire et plus les mots s’envolaient. Milo
sirotait un liquide vert, peut-être une menthe à l’eau ?
- Je crois que
l’on serait mieux chez moi. J’habite pas loin.
Et si je rentrais à la
maison, pensait Pauline. «J’en ai marre, je suis complètement dingue.». Pourtant elle se leva et se retrouva dans la rue à suivre Milo. Toute trace de volonté et de résistance l’avait abandonnée.
Elle se rendait compte qu’elle faisait encore fausse route. Milo ne lui apporterait aucune solution.
Dans l’ombre d’une petite ruelle, Milo s’arrêta et ouvrit une porte bleue métallique au bas d’un petit immeuble ancien. La cage
d’escalier sentait le bois moisi. Les marches semblaient s’enfoncer à chaque pas. Après avoir tourné la clé dans la serrure, Milo invita Pauline à entrer dans son appartement. Il ne faisait pas chaud. Elle ouvrit
la fenêtre. La douceur du dehors s’infiltra dans la pièce diluant par la même
occasion la forte odeur de légumes fermentés qui chargeait l’atmosphère.
- Jus d’orange ou thé ?
L’appartement laissait une impression qui n’était pas nette et qui repoussait un peu Pauline. Elle préféra un thé. Pendant que l’eau
chauffait, Milo lui dit sur le ton de la confidence :
- Je vais te montrer
ma collection.
Elle entraîna Pauline au fond du couloir. Une porte
s’ouvrait sur une pièce mansardée minuscule. Pauline faillit reculer, assaillie par les posters recouvrant les murs et le plafond. C’était suffocant.
- Entre, te gêne pas.
Milo se tenait au centre de la chambre et tendait les bras en direction des murs.
- C’est pas beau ça ?
Incroyable ! Depuis combien de temps collectait-elle ces photos ? Il y en avait pour des heures. Et ce n’était pas tout. Elle invita Pauline à s’asseoir à côté d’elle sur le petit divan. Des boîtes, des classeurs et des piles de revues s’entassaient sur une étagère qui croulait sous la
charge.
- Regarde tous ces classeurs. C’est là que je range les articles
de presse, tout ce qui sort sur lui ...
Pauline sentait qu’elle devait
avoir un petit mot gentil ou même admiratif mais elle ne pensait qu’à une chose : cette fille est folle. Elle finit tout de même par articuler :
- Mais comment tu trouves tout ça ?
- J’ai mes sources... Je me tiens au courant de tout ce qu’il lui arrive. Ça à l’air de
t’bluffer !
- Oui, je suis impressionnée. Mentit Pauline. Elle ne voulait
pas lui faire de peine en lui révélant le fond de sa pensée. Mais à tout bien considérer cette fille devait être
encore plus malade qu’elle.
- Ce qui m’intéresse Pauline, c’est de pouvoir
faire des rêves comme toi. C’est tellement excitant. Donne-moi le truc.
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