En entendant parler de l’incident nucléaire en Slovénie, je me suis dit «ça va encore me faire du boulot tout ça !». En tant que consultante en
communication pour EDF Nucléaire depuis plusieurs années, je suis de près la problématique du «que doit-on dire ?». Et la réaction à ce sujet, que j’ai notamment trouvé sur leweb,montre une fois de plus que ce n’est pas simple.
Face à un incident : comment doit-on dire d’ailleurs : incident, accident, problème, il est même question d’événement ( !)
Que faire ? et bien en parler bien sûr, mais comment ? Première difficulté, il faut expliquer de quoi il s’agit et ce n’est pas facile. D’une part on a des ingénieurs très pointus qui ne savent pas
parler comme tout le monde, et d’autre part il y a nous, une foule de néophytes traumatisés par Tchernobyl, alors comment on explique simplement une fuite dans le circuit primaire, un arrêt de
tranche et la différence entre contamination et irradiation… Seconde difficulté : comment être crédible. Il est légitime que la population doute, eh oui toujours Tchernobyl. Donc quoi que l’on dise, on cache quelque chose. Soit c’est plus grave que
l’on veut bien le laisser sous-entendre soit, et voici la nouvelle théorie, on communique trop pour noyer le poisson !
C’est génial, un vrai casse-tête !
Je tiens à préciser
Je ne suis ni pour ni contre le nucléaire. Ce que je peux dire c’est que les gens que je rencontre dans ce domaine et avec qui j’essaie d’avancer ne sont pas de machiavéliques
communicants mais qu'ils s’arrachent les cheveux pour essayer de se débarrasser de Tchernobyl et de mettre en place une communication transparente. Alors cette affaire Slovène, même si c’est pas
grave, va réveiller bien des souvenirs !
A propos de l'article que je mets en lien, je n'ai rien trouvé sur le
site de Dampierreconcernant un incident semblable à celui de Krsko, allez jeter un coup d'oeil et vous verrez que je n'exagère pas
question jargon !
Je ne connais pas grand chose de cette"Commission de recherche
et d'information indépendante sur la radioactivité",il s'agit d'une association qui défend son fond de commerce, le fait-elle
bien ou mal, je ne peux pas le dire. Je trouve que le terme Commision porte déjà à confusion...
Je dirais que les communicants, pour bien faire leur boulot, de fait, mieux vaut qu'ils en sachent le moins possible. De même que souvent les commerciaux ne sont pas au courant des marges réelles de ce qu'ils vendent, de façon à ne pas se faire acculer en négociation chez les clients.
Pour ce qui est de la santé des intérimaires dans le nucléaire, c'est un "petit" scandale mais puisqu'on reste, officiellement, dans les normes admises, avec le verrouillage qui touche le nucléaire en général, c'est "circulez y'a rien à voir".
A voir dans trente ans si on va pas se retrouver avec un dossier amiante bis...
Je ne remets pas en question ton témoignage mais je suis pourtant étonnée. En ce qui concerne les irradiations ou peut-être plutôt les contaminations (car irradiation c'est très grave et plutôt rare), tu sais qu'il y a les portiques de sorties dans les centrales qui sont là pour détecter toute anomalie. Si tu es "radioactif", tu sonnes et tu peux pas sortir. De plus je connais plusieurs médecins du travail dans le milieu et je peux te garantir qu'ils sont indépendants et attentifs à ces questions.
Enfin ce qui concerne la communication, en effet ce n'est pas simple car dans bien des cas elle se trouve sous la tutelle de l'Etat, précisément de la Préfecture (dès qu'il y a un danger pour l'environnement ou les personnes), et comme chacun sait l'Etat a du mal à jouer la transparence !
Merci pour tes infos, cela me permettra de creuser quand même la question discrètement, les communicants se font aussi souvent "enfumés", c'est pour cela qu'il faut essayer de rester vigilant.
Alors je bossais pour une boîte qui faisait de la maintenance industrielle, entre autres dans le nucléaire. Les exploitants de centrale, en France comme ailleurs, tiennent un fichier des intervenants extérieurs qui viennent bosser chez eux. Ils prennent pas mal de monde à l'extérieur ; pas parce que le boulot est pas stratégique, ou parce que ça coûte moins cher, ou que sais-je encore ; mais parce qu'ils les font bosser dans les zones où la sécurité n'est pas garantie, voire surtout pas maîtrisée.
Suivant les zones, les gars ont le droit de bosser deux, trois, six mois, un an parfois, en cumulé.
Et après, bye bye, allez voir ailleurs.
On n'assure pas la sécurité, donc on prend de la chair à radiation, et on les jette avant qu'ils aient atteint le seuil d'irradiation "acceptable".
Prosaïquement, c'est super pour les gars qui capitalisent une certaine expérience mais sont incapables de la faire valoir après puisqu'ils n'ont plus le droit de bosser en centrale. Ils repartent dans la nature complètement irradiés sans qu'on sache vraiment à quel point, d'autant que les réactions potentielles varient pas mal d'un organisme à l'autre.
Et puis bien sûr les différents exploitants européens ne recoupent pas leurs fichiers, donc rien n'interdit à un gars qui a la bougeotte d'aller se faire irradier consciencieusement ailleurs et donc de dépasser allègrement, sans le savoir, le seuil de radiation autorisé.
Sinon pour ce qui est de la communication, le milieu nucléaire n'est pas exactement un modèle de transparence quand même ; secrets d'état obligent soi-disant...
Je suis pas fondamentalement anti-nucléaire, je suis bien content d'avoir de l'électricité pas cher, mais bon c'est pas pour autant que je suis rassuré.
Enfin de toute façon, cinquante ou soixante-dix ans après la dernière goutte de pétrole, on cramera la dernière barre d'uranium, alors...
Les gens que je connais qui bossent dans le nucléaire ne sont pas machiavéliques, par contre ils sont drôlement cyniques et leur sens moral n'est pas très développé... (enfin les chefs quoi)