Depuis quelque temps Vanderbreloque passe sa vie à l’agence. Je veux dire qu’il vit vraiment à l’agence . Personne n’a osé lui poser de questions mais la rumeur court que sa femme l’a viré.
Impossible decommencer la journéeen douceur avec Sabrina,
Vanderbreloque m’attend chaque matin à la cuisine. Non seulement il me garde un pain au chocolat, pas bon pour ce que j’ai (!), mais en plus il attaque franco sur le boulot et ça, ça a le don de
me mettre de mauvais poil.
Comme si me gâcher tous les matins ne suffisait pas, il a décidé aussi de me gâcher mes soirées. Evidemment passer sa soirée tout seul à
l’agence ce n’est pas vraiment drôle alors que la passer avec ses collaborateurs préférés, qu’est ce qu'on s’amuse ! Du coup, il prétexte des consults, des charrettes, pour me «demander» de rester. (Je précise juste pour ceux qui ne sont pas au courant, que
dans le monde de Vanderbreloque, les 35 heures n’existent pas, pas plus que les heures sup d’ailleurs !). Je ne suis pas la seule à participer à ces merveilleuses soirées, il y a aussi Bruno le
D.A., un ou une chef de pub et très souvent l’autre pomme de l’agence (en dehors de moi) Katia qui est graphiste.
Quand on bosse vraiment, le temps passe encore assez vite mais quand je sais pertinemment que je n’ai absolument rien à faire dans cette
galère, je bous intérieurement, d’autant plus que mon copain n’arrête pas de m’envoyer des messages du style «alors t’as bientôt fini ?», «on est au camionneur, tu viens», «on t’attend» et j’en
passe.
Ce soir, je boude devant mon ordi. J’ai décidé de refuser cette mascarade et de ne pas participer aux discussions sans intérêt qui se tiennent
au studio. - Alors, ma charmante assistante ne m’assiste pas ? Je vois tout de suite, à ses yeux vitreux, que Vanderbreloque a picolé. Il a d’ailleurs un gobelet en plastique rempli de vin à la main. C’est
un de ses nombreux problèmesla boisson. Je lui envoie un regard
haineux. - Tu n’es pas très gentille, ce soir. Ça fait partie de mon descriptif de poste d’être gentille ? - Allons Dodue, qu’est-ce qui se passe ? Je ne supporte pas ce sourire de poivrot. Tant pis, il l’aura voulu. - Vous savez que j’ai une vie en dehors de l’agence, MOI ! Et j’aimerais bien ne pas rester au bureau uniquement pour vous tenir compagnie.
Quand il y a du boulot, de temps en temps, c’est d’accord mais là ça devient un peu trop fréquent à mon goût. - Tu préfèrerais qu’on aille au restaurant ? Qu’est-ce qu’il me raconte ? Il est complètement à côté de la plaque ou quoi ? - Je préfèrerais être avec mon petit copain et lui aussi si vous voyez ce que je veux dire. Parce que cela commence à l’énerver toutes ces
soirées à m’attendre. Un jour, je vous préviens, il va débarquer. Je m’emporte. Pourtant, il reste toujours aussi pâteux. - Ça, ça ne pose aucun problème, il peut venir quand il veut. Il fait exprès. - Je ne voudrais pas être responsable d’une rupture parce que crois-moi ma petite Dodue, c’est dur. Qu’est-ce qu’il lui prend maintenant ? - Ma femme m’a quitté. - … - Comme ça sans rien dire, elle est partie. Sans un mot, sans un coup de fil. - Vous êtes sûre qu’il ne lui est rien arrivé ? Elle ne vous a peut-être pas quitté ? - Nan, je sais qu’elle est chez sa mère. - Mais alors vous avez toujours votre appartement ? - Oui, bien sûr. - Mais pourquoi vous restez à l’agence ? - Je ne peux pas être là-bas sans elle. Je suis sur mes gardes. J’ai tellement vu Vanderbreloque pipeauter les clients que je sais de quoi il est capable. Est-ce qu’il cherche à
m’amadouer pour que je regrette mon comportement et que je me sente minable d’être aussi insensible. Est-ce qu’il fait tout ça pour que je continue à sacrifier mes soirées et que je finisse par
m’engueuler avec mon mec ? Il baisse ses yeux de chien battu et se met à tripoter les post-it formant une guirlande autour de mon écran. Ça m’énerve. - Il faudra bien vous habituer à retourner vivre chez vous. Vous ne pouvez pas continuer à squatter l’agence.
Sous-entendu"et nous on ne peut pas continuer à passer aussi nos soirées ici !"
- C’est vrai, tu as raison. Tu pourrais venir avec moi chez IKEA, je n’ai pas le sens pratique. - ? - Elle a emporté tous les meubles. Ah l’enfoiré ! Je savais bien qu’il me préparait quelque chose. J’en ai marre, je suis juste son assistante, pas sa mère, son psy, sa bonne à
tout faire ! Il va falloir que je songe sérieusement à changer de boite.
Non en fait ce que s'est passé c'est que le lendemain on en a pas parlé, ni les jours suivants. Mon patron a squatté encore quelques semaines l'agence et sa femme est revenue. On n'a jamais su si tout ce qu'il nous avait raconté était vraiment vrai !
pour partir le soir à heure raisonnable, tu peux prétexter une nouvelle activité (sport, études ou stage, voire souci familial) qui nécessite 4 jours par semaine que tu partes à 18 h pétantes. mais changer de boîte reste l'option la plus salutaire... allez courage! biz. Pascal