tea break chez Maryane
Maryane, c’est ma voisine. Elle exerce un drôle de métier : surveillante de cobayes.
Plus précisément, elle est médecin dans un laboratoire pharmaceutique et suit des personnes volontaires pour tester des médicaments. Contre rémunération
intéressante, précise t’elle, je l’ai toujours soupçonnée de faire du racolage !
Elle est « du
matin » ou du « soir ». Elle a donc un peu de temps libre à la maison. Ce qui nous permet de papoter entre filles autour d’un thé : nos tea break.
- Oh putain t’as vu ma tronche ! (elle parle comme ça Maryane). Je suis moins vieille que toi et je fais dix ans de plus !
- Merci de me le rappeler, on a juste deux ans de différence !
- Qu’est-ce que je peux faire ? Je peux plus me supporter.
- Moi, quand j’ai une tête à faire peur, j’essaie de me sentir mieux : je me maquille.
- Sauf que moi, je ne sais pas me maquiller. Ma mère s’est jamais maquillée et moi non plus.
C’est vrai que je n’ai jamais vu Maryane maquillée.
- Et bien on n’a qu’à essayer.
- Je te dis, j’ai
rien.
- Pas de problème, je vais chercher du matériel.
Je reviens avec ma trousse gonflée à bloc. J’ai l’impression de me retrouver des années en arrière comme quand,
gamine, je jouais à me maquiller avec ma sœur. On avait des vieux rouges à lèvres qui sentaient le périmé et des fards à paupière de couleurs criardes. On s’extasiait devant nos mines grimées. On
jouait aux petites bonnes femmes.
Nous nous installons à la salle de bain, assises sur le bord
de la baignoire.
- On va d’abord uniformiser ton teint (attention, je lis les magazines de
mode moi !), alors fond de teint, ou crème teintée ? On va faire léger.
Maryane étale la crème
teintée.
- C’est pas un peu foncé ?
- Attends un peu, on va rajouter de la poudre. Et voilà que je te poudre tout ça.
- Attention, j’veux pas faire Pierrot non plus.
On tamponne des pommettes.
- J’ai l’impression que mes
yeux ont encore rétréci.
- On va faire les yeux et la bouche, t’inquiètes pas.
- Le rouge à lèvres j’aime pas trop, ça fait les dents jaunes.
Maryane saute sur un crayon noir.
- Ça, avec du ricil, c’est la seule chose que j’ai eu un jour dans mon sac. Je sais comment faire, au lycée, on s’en mettait sur le bas de la paupière, à
l’intérieur.
Elle est déjà à l’œuvre. Ses yeux sont rapidement cernés de noir à la Cléopâtre. Je ne veux pas tempérer son enthousiasme
mais le résultat est, comment dire, « barbouillé».
- C’est pas un peu dur tout ça
?
- Ça agrandit les yeux non ?
- Je te conseille de mettre un peu de fard à paupière pour estomper le trait noir du haut, celui-là par exemple.
Ce n’est pas terrible mais je n’ose pas lui avouer. Pourvu qu’elle ne sorte pas dans cet état dans la rue.
- Tu me mets le ricil car j’ai jamais pu y arriver.
Je commence.
- Arrête de cligner des yeux, je vais te mettre la brosse dans l’œil.
J’ai les mains moites. Bon ça suffira, de toute façon elle ne va pas tarder en enlever tout ça, je crois que mon idée n’étais pas si bonne.
Maryane s’approche du miroir. Elle se scrute.
- Alors on le met ce rouge à lèvres ?
Je préfère abandonner mes conseils et la laisser choisir. Elle recule de deux pas, puis se tourne vers moi.
- Tu trouves pas qu’on dirait un travelo ?
On éclate de rire. Ouf, elle le prend plutôt bien. Là-dessus, son fils de six ans déboule. Il regarde sa mère d’un air dubitatif.
- Tu veux faire peur à tes malades du laboratoire, maman ?
Maryane s’accroupit à sa hauteur : elle n’est pas belle maman ? Le petit se rend compte qu’il a fait une bourde
et se ravise : si mais tu fais un peu sorcière…une gentille sorcière.
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