Mardi 25 mars 2008


Le blog de la Petite Fabrique d'Ecriture propose des jeux d'écriture à ceux qui le souhaitent, celui qui sévit en ce moment est sur le thème de "perdre". Je me suis donc mise à délirer sur le sujet et je crois que l'excès de chocolat n'est pas forcément bon pour mes neurones...perte de raison peut-être.



Qui suis-je ? Je me regarde dans la glace. Ce visage me dit vaguement quelque chose. L’impression de voir quelqu’un qui m’est familier, sympathique même, mais que je ne parviens pas à resituer.
Mon cerveau tourne dans le vide. J’incline la tête. Je me souris.

Ça ne vient pas.

Je cherche dans mes souvenirs. A part ce que j’ai mangé ce matin, le visage de l’infirmière et les explications du médecin, il n’y a plus rien dans ma tête. J’ai perdu la mémoire, m’a t’on dit.

Je ne peux pas dire si cela fait un drôle d’effet car je ne me souviens pas d’avoir été autrement. J’imagine que quand on a toute sa tête, elle doit être pleine des petites et grandes choses de la vie qui s’y sont accumulées. Moi, je n’ai rien.

Est-ce que je suis triste ? Non. J’ai de l’espace plein la tête, mon esprit n’est pas encombré. Je me sens toute neuve. L’infirmière m’a demandé : vous préférez du café ou du thé ? Je n’en savais rien bien sûr. Le mot thé me paraissait un peu abrupte, un peu court. Alors j’ai choisi café. Puis : pain ou croissant ? Le croissant était plus croustillant à mes oreilles. J’ai laissé la musique des mots guider mes choix.

Ensuite j’ai ouvert la fenêtre de ma chambre pour respirer le soleil. J’étais bien. Une petite bête volante en a profité pour venir se poser sur mon poignet. Je l’ai vu replier hâtivement ses vilaines ailes sous une coque noire mouchetée. J’ai hurlé. L’infirmière s’est précipitée : il ne faut pas avoir peur, c’est une coccinelle.
Coccinelle. Tiens c’est joli comme nom mais un peu espiègle. J’ai de nouveau hurlé quand elle s’est envolée. Je n’aime pas les ailes des coccinelles.

Je remplis tout doucement ma cervelle avec des petits riens insignifiants.
C’est comme si je venais de naître et que je voyais chaque chose qui m’entoure pour la première fois, sans a priori, sans préjugé. Il faut que j’en profite car je sens que cela ne durera pas.

En perdant la mémoire, j’ai gagné une occasion de réapprendre la vie, de reconstruire le mécano de mon cerveau. J’aimerais avoir un beau cerveau, bien rangé et bien garni.

Mais peut-on faire mieux si on ne se souvient pas de ce que l’on avait avant ? Y a t’il moyen de progresser sans l’expérience ? Est-ce que, après avoir tout perdu, on peut re-construire ou seulement construire à nouveau ?






publié dans : les humeurs de Plume communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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par Dodue de la Plume
 
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