Nouveau rendez-vous de l’atelier d’écriture. Danièle nous propose un exercice : écrire un texte commençant par la phrase «les tulipes au turban de
pourpre…».
Elle précise, «il y a un secret dans cette phrase, nous verrons si vous le trouvez». Devant nos visages inquiets, elle nous conseille de nous laisser aller aux images
qui nous viennent. «C’est à la fois la magie et le secret des mots».
Au départ, je suis perturbée par cette notion de secret. Qu’est-ce que cela peut bien être ? Je retourne les mots dans tous les sens : un jeu de mots, une
contrepèterie, une référence littéraire, historique…vraiment rien.
Bon, il faut que je me mette à écrire, nous avons vingt minutes. Là aussi j’ai du mal : le mot tulipe évoque pour moi la fraîcheur printanière, je vois un grand champ
avec toutes ses petites tâches rouges qui se balancent au gré du vent. C’est très léger. Le problème, c’est le rouge. Dans le champ les robes des tulipes sont rouge vermillon et non pas pourpre.
Le pourpre ne colle pas au décor. Le pourpre c’est lourd. Autour de cette couleur, on image des tentures, du velours, du drame…
Je suis bloquée par cette dualité : fraîcheur et lourdeur. Est-ce que c’est ça le secret de cette phrase ? Non, c’est moi qui doit délirer. Je lève la tête de mon
carnet et je vois que mes co-disciples grattent leurs feuillets. Mon cerveau n’arrive pas à me sortir une image cohérente. Je ne vois rien. Je ne peux rien écrire. C’est ça, j’ai besoin de voir
pour écrire. Je chasse le champ et m’oblige à visualiser un bouquet de tulipes pourpre :
«Les tulipes au turban de pourpre inclinent doucement leur tête. A travers leur large feuillage vert tendre, elles se penchent. Elles se penchent si bas qu’elles
touchent presque le plateau de verre. Peut être cherchent-elles leur image dans ce reflet glacial ? Elles courbent tellement l’échine qu’on les imagine tomber du vase. Peut-être sont-elles
lasses, fatiguées d’attendre dans cette pièce vide où rien ne se passe ?»
C’est pas très gai mais c’est à cause de pourpre ! Les tulipes auraient été jaune et l’ambiance aura été à la fête. Personnellement cet exercice m’a fait touché du
doigt l’importance des images suscitées par les mots eux-mêmes et donc l’intérêt de choisir avec minutie chaque détail.
Ce n’était pas le secret de la phrase !
Mais sans le savoir je l’ai effleuré car en voyant mes tulipes s’incliner je voyait leur tête, en voyant leur tige ployer je voyais leur échine.
Eh bien tulipe et turban viennent de la même racine du turc tülbent. Car la tulipe ressemble à un turban (à une tête).
Eh oui voyez-vous la tulipe n’est pas hollandaise mais turque !
C’est ça la magie des mots.
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