Lundi 4 février 2008

Etre l’assistante de Vanderbreloque, c’est lui être attachée. C’est être constamment avec lui (sauf au bistrot, lire « le patron boit, l’assistante trinque »). Bref je lui prépare ses dossiers, je réfléchis et lui fais part de mes propositions. Je fais le boulot de fourmis et lui il y met son grain de sel, histoire de me rappeler que c’est quand même lui le patron. Je l’accompagne chez ses clients car c’est moi qui connais les dossiers. Tout ça pour dire que j’ai le temps de l’observer et que d’ailleurs j’en suis au point de ne plus pouvoir le voir. Il me dégoûte tout simplement.
Il affectionne particulièrement le noir, les costumes noirs, les vestes noires, les chemises noires enfin bref c’est sa couleur de scène. L’ennui c’est que ses épaules portent plusieurs semaines (ou même mois) de pellicules. Combien de fois n’ai-je rêvé de lui épousseter ces dépôts blanchâtres à l’aide d’une balayette (à la main j’aurais pas pu !).
Ce qu’il aime aussi ce sont les cravates tâchées. La tâche de cravate c’est tout un art : il y a les minuscules tâches de sauce de couleur brune type projection ou encore la belle tâche de graisse qui s’étale tout en transparence.
Je ne parle pas des cheveux gras et des ongles noirs…c’est d’un classique !
Mais l’autre jour il a fait très très fort. Nous étions dans la grande salle de réunion avec le DirCom d’une boite que Vanderbreloque veut attirer dans nos filets. Il faisait donc son show et moi sa potiche. Une jolie petite assistante ça peut toujours être vendeur. Je m’étais mise en pilotage automatique, habituée des tirades énigmatiques de mon patron qu’il brandissait comme autant de slogans à sa gloire personnelle. Des trucs incompréhensibles pour moi, pauvre ignorante, du style « la publicité est morte, vive le marketing publicitaire » mais qui semblaient faire grande impression sur son invité.
Enfin il s’est arrêté de parler et s’est callé contre le dossier de son fauteuil pour laisser la parole à celui qui l’avait écouté jusqu’à présent. (Moi je ne parle pas, je fais juste de gentils sourires quand on me regarde !). Il prenait un air absorbé. Il avait posé son tibia droit sur son genou gauche. Je vis le talon de sa chaussure (style mocassin) se décoller du pied. Cette chaussure pendait à présent sur ses orteils et laissait apparaître un gros trou dans la chaussette. Au bout d’un moment je me demandai ce qu’il faisait avec sa main droite. Ce n’était pas facile à voir car son pied se trouvait juste au niveau de la table. Je dus tendre un peu le cou pour comprendre. Il était tout simplement en train d’agrandir consciencieusement le trou en tournant dedans avec son index. J’étais médusée.

Décidément ce mec n’a aucune dignité, aucune retenue. Je dois dire qu’il me fait parfois un peu peur car il est sans limite. Heureusement je crois qu’il me craint un peu car je peux avoir l’air très sévère quand je veux !
publié dans : la galérienne communauté : La Petite Fabrique d' Ecriture
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