Lundi 16 juin 2008

Fiction en cours d'écriture...

(voir la rubrique brouillon)



Le cliquetis de mes clés dans la serrure avait dû l’alerter. A peine avais-je déposé ma veste qu’elle m’appela.
- Lothaire, c’est toi ?
C’était sa façon de me dire «viens me voir». Sans répondre, je parcourus le long couloir en direction de sa chambre. C’était à elle seule un appartement. Depuis plusieurs années, une maladie dégénérescente l’avait clouée au lit. Elle ne semblait pas souffrir de cet état de fait. Elle n’avait jamais aimé sortir de chez elle. Ainsi, elle avait, au regard du monde, une justification toute trouvée pour refuser les invitations. Cette pièce était son univers. Rien n’y bougeait sans sa volonté. Le temps y avait été pris au piège et s’était figé quelque part entre les années 70 et 80. La porte demeurait toujours ouverte afin qu’elle puisse entendre la maison. Assise dans son lit majestueux comme un souverain sur son trône, elle tapotait doucement le couvre lit près de sa cuisse. Je déposai un baiser sur son front. Sa peau était légèrement graisseuse et plissait sur l’os de son crâne. Je m’assis docilement sur le lit. Je n’avais pas encore décroché un mot. Comment extirper de son cerveau tout ce qu’elle me cachait ? Le mystère de ma naissance venait encore de s’épaissir. Elle m’avait confisqué mon père et maintenant voilà qu’elle avait choisi mon sexe. Elle avait voulu faire de moi un garçon. Pourquoi ? Pour remplacer l’homme qui l’avait fui, mon père ?
Elle avait certainement perçu la petite virgule d’amertume au bas de ma lèvre. La même fossette, qui lorsque j’étais enfant, se creusait pour annoncer mes sanglots. Elle sentait que j’en avais gros sur la patate.
- Raconte-moi ta journée.
Est-ce que je lui parlais de ma visite chez l’urologue, de ce qu’il m’avait appris ? La colère montait en moi comme un roulement de tambour. Une main invisible comprimait ma gorge et retenait ma fureur. Malgré mon ressentiment, je ne parvenais pas à expulser mes reproches. Ils restaient bloqués à mi-chemin entre mes tripes et ma bouche. Ça faisait mal, mais cela ne sortait pas. Jamais. Jamais, je ne m’étais fâché ouvertement avec ma mère.
Je décidai de tout mettre sur le dos de Gomez.
- La banque ne va pas bien. Je crois que Gomez va nous causer des problèmes.
- Veux-tu que j’en parle à Rivière ?
- Non, surtout pas. Il ne bougera pas d’un pouce, il doit aussi être dans ses petits souliers.
- Ce Perez ne va pas nous dicter sa loi  ! Il n’est même pas d’ici.
- Gomez, Mère.
- Oui, bien quelle différence. Si Rivière n’est pas à la hauteur, il a toujours été faible – reconnut-elle avec dégoût – il y a d’autres moyens de régler le problème.
- Mère, je vous en prie. Laissez les choses suivre leur cours. Pour une fois, que cela se passe normalement.
- Normalement. Qu’est-ce que cela veut dire pour toi normalement ? Tu acceptes de te voir imposer ta conduite sans broncher. C’est pas comme ça que je t’ai éduqué.






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Jeudi 12 juin 2008

Comme chaque année le Bac de philo propose ses sujets, en lien ou non avec l’actualité, voici quelques exemples de sujets 2008 éminemment politiques :
  
- Toute prise de conscience est-elle libératrice?
- Que gagnons-nous à travailler?
- Peut-on se passer de l'Etat?

Pas de Vérité cette année, bien que l’on trouve beaucoup de questions en lien avec la réalité.
Mais la réalité est-elle la vérité ?

Sur cette toile de fond virtuelle qu’est la blogosphère, que représente la réalité, ou la vérité ?
Les auteurs de blog sont-ils de véritables personnes en chair et en os ? Certains se démultiplient sous divers pseudonymes, d’autres s’inventent une vie ou encore s’en réinvente une
Mais y a t’il un intérêt à savoir si «c’est vrai» ?

Quand franchit-on la frontière entre réalité et fiction. Tout récit n’est-il pas fiction dès lors qu’il fait part d’un point de vue, d’un regard forcément subjectif sur une situation. Pour preuve, différents individus, témoins d’une même scène ne la raconteront pas de façon identique, est-ce pour autant qu’ils travestissent la vérité ?

La vérité suppose t’elle un contrat moral ?
Quand peut-on avoir le sentiment de trahir ses lecteurs ?
Quand on les emmène trop loin dans la fiction ? Quand on n’est pas celui ou celle que l’on laisse croire ? Ou quand on raconte sa vérité ?

Et si l’on s’engage à dire toute la vérité, rien que la vérité, ne doit-on pas se poser cette question : toute vérité est-elle bonne à dire ?


Pour éviter toute confusion et tout engagement de ma part, je reprendrais simplement la maxime d’un célèbre agent du FBI reconverti depuis peu dans la Californication : «la vérité est ailleurs».

…pas sûr que le correcteur du Bac apprécie ce genre de référence hautement philosophique !


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Mardi 10 juin 2008




- Dodue ! Vanderbreloque t’attend en salle de réunion.
- Qu’est-ce qu’il veut ?
- Il reçoit un prospect.
- Je n’ai pas assez de travail, moi ! Et je suis censée faire quoi à cette réunion ?
- La potiche !
- Très drôle, Serge.
- Prends quand même un bloc-notes, ça fera plus pro !
Il me prend vraiment pour une gourde celui-là. Et Vanderbreloque ? S’il perd la mémoire, je vais demander à Sabrina qu’elle lui rajoute un dictaphone sur la prochaine commande Office Dépôt.

Je me rends donc en salle de réunion. Le type est déjà là, grand brun, pas mal, jeune loup dynamique. C’est le DirCom d’une assurance. Je me présente, je lui serre la main en faisant mon sourire Ultrabrite. Pourquoi cela m’énerve tellement quand Vanderbreloque me pose en «objet de décoration» ? Je suis son accessoire indispensable pour jouer au chef. Ce n’est pas grave, je vais seulement devoir rester au moins jusqu’à 20h pour finir tout ce qui attend sur mon bureau. Ils discutent, ils discutent. Je note, je souris, je note. Je pense à ma séance de yoga que je vais encore louper ce soir. Bon ça y est, il s’en va. Je souris encore, je crois que je vais finir par me faire une crampe.

- Bien, Dodue, viens voir. Alors t’as vu, c’est dans la poche. En plus, t’as le ticket avec ce mec, à tous les coups on aura le budget.
- ???
- Tu passes à son bureau ce soir pour récupérer les éléments qu’il nous faut pour la consult et ce sera un beau petit budget pour toi.
- Pour moi ?
Je n’arrive pas à le croire. Ce que je veux depuis des mois arrive enfin, un vrai budget rien que pour moi. Un client à moi toute seule. Finalement Vanderbreloque n’est pas si vache, ni rancunier d’ailleurs. C’est Serge qui sera vert, ce sale macho.

La journée passe à toute allure, je suis heureuse. Ça y est, je vais enfin être Chef de pub. Il est l’heure d’aller voir ce futur nouveau client. Je vérifie l’adresse, heureusement que j’ai ma voiture car c’est un peu excentré.
J’arrive enfin. Le parking en bas de l’immeuble de la compagnie est quasiment vide. Evidemment à cette heure-ci les employés de ce genre de boîte ont déjà tous fini leur journée, c’est pas comme nous ! Le portier m’ouvre et appelle mon client. Je suis déjà dans la peau de la Chef de pub, en rendez-vous pour un gros contrat. Il arrive. J’ai de la chance, il a l’air sympa, ce n’est pas comme le Clientleplusimportantdel’agence que je me coltine tous les jours avec Vanderbreloque. Je le suis dans les couloirs. C’est un vrai labyrinthe cet immeuble, je ne retrouverai jamais la sortie toute seule.
Je rentre dans son bureau. Un immense bureau avec une superbe vue surplombant la ville. Et là, je dois l’avouer, je m’y crois. Ça y est, je suis enfin rentrée dans la cour des grands. Nous nous asseyons sur un canapé. Nous discutons de professionnel à professionnel. Il me montre les anciennes campagnes. Rapidement il me propose que l’on se tutoie. Je suis aux anges !
- Je voudrais te montrer quelque chose. Ferme les yeux.
Je ne sais pas pourquoi mais subitement je ne me sens pas à l’aise. Je refuse gentiment de jouer à ce petit jeu. Il insiste, alors j’accepte. Et voilà que muée par je ne sais quel pressentiment, j’ouvre les yeux juste à tant pour éviter sa bouche sur la mienne. En une fraction de seconde, c’est la panique dans ma tête : comment me sortir de cette situation ? Et surtout, SURTOUT …adieu mon merveilleux petit budget ! Car je sais déjà qu’il ne va pas aimer s’en prendre une.

Sur le parking, je suis encore tellement paniquée que je recule sur un de ces « putain de plots ». Je ne m’arrête même pas pour regarder les dégâts. Je n’ai qu’une hâte, partir le plus loin possible. Maintenant la colère m’envahit. Mais qu’est-ce qu’il croit, que je suis prête à tout accepter pour avoir le boulot ? Alors là, je me le jure, je resterai assistante toute ma vie, mais jamais je ne coucherai pour avoir du galon. Je suis aussi furieuse contre Vanderbreloque. Une fois de plus il m’a joué un tour de cochon, il le savait, lui, comment ça allait se passer. Quel salopard !

Le lendemain au bureau.
- Alors ce rendez-vous ?
- Si vous voulez que je fasse la pute, faudra me payer plus cher ! Beaucoup plus cher !
Vanderbreloque a lui aussi compris que l’on avait perdu notre futur client. Il ne m’a pas posé de question, ni fait de remontrances. Il avait simplement la confirmation que je n’étais pas une fille docile !



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Dimanche 8 juin 2008


Extrait





Pauline marcha vers la table de Milo. Ses cheveux noirs se répandaient sur sa veste noire également. Lorsqu’elle vit son visage, elle fut frappée par son immense tristesse et sa grande pâleur. Un maquillage très élaboré redessinait ses traits et lui donnait l’air d’une héroïne de BD fantastique. Elle devait avoir moins de trente ans.
- Bonjour, je suis Pauline.
Milo fit la moue :
- Vous êtes venue accompagnée ?
Pauline fronça les sourcils sans comprendre puis se retournant vers Mikaël qui l'observait répondit :
- Oh, vous parlez de l’homme qui nous regarde ? Non, il n’est pas avec moi.
Elle s’assit. C’est bien ce qu’elle craignait. Le choc de la rencontre. Elles se vouvoyaient. Rien ne serait plus comme avant. Rien ne les reliait si ce n’était une folie commune. Pauline avait la tête vide, plus elle cherchait quoi dire et plus les mots s’envolaient. Milo sirotait un liquide vert, peut-être une menthe à l’eau ?
- Je crois que l’on serait mieux chez moi. J’habite pas loin.
Et si je rentrais à la maison, pensait Pauline. «J’en ai marre, je suis complètement dingue.». Pourtant elle se leva et se retrouva dans la rue à suivre Milo. Toute trace de volonté et de résistance l’avait abandonnée. Elle se rendait compte qu’elle faisait encore fausse route. Milo ne lui apporterait aucune solution.
Dans l’ombre d’une petite ruelle, Milo s’arrêta et ouvrit une porte bleue métallique au bas d’un petit immeuble ancien. La cage d’escalier sentait le bois moisi. Les marches semblaient s’enfoncer à chaque pas. Après avoir tourné la clé dans la serrure, Milo invita Pauline à entrer dans son appartement. Il ne faisait pas chaud. Elle ouvrit
la fenêtre. La douceur du dehors s’infiltra dans la pièce diluant par la même occasion la forte odeur de légumes fermentés qui chargeait l’atmosphère.
- Jus d’orange ou thé ?
L’appartement laissait une impression qui n’était pas nette et qui repoussait un peu Pauline. Elle préféra un thé. Pendant que l’eau chauffait, Milo lui dit sur le ton de la confidence :
- Je vais te montrer ma collection.
Elle entraîna Pauline au fond du couloir. Une porte s’ouvrait sur une pièce mansardée minuscule. Pauline faillit reculer, assaillie par les posters recouvrant les murs et le plafond. C’était suffocant.
- Entre, te gêne pas.
Milo se tenait au centre de la chambre et tendait les bras en direction des murs.
- C’est pas beau ça ?
Incroyable ! Depuis combien de temps collectait-elle ces photos ? Il y en avait pour des heures. Et ce n’était pas tout. Elle invita Pauline à s’asseoir à côté d’elle sur le petit divan. Des boîtes, des classeurs et des piles de revues s’entassaient sur une étagère qui croulait sous la charge.
- Regarde tous ces classeurs. C’est là que je range les articles de presse, tout ce qui sort sur lui ...
Pauline sentait qu’elle devait avoir un petit mot gentil ou même admiratif mais elle ne pensait qu’à une chose : cette fille est folle. Elle finit tout de même par articuler :
- Mais comment tu trouves tout ça ?
- J’ai mes sources... Je me tiens au courant de tout ce qu’il lui arrive. Ça à l’air de t’bluffer !
- Oui, je suis impressionnée. Mentit Pauline. Elle ne voulait pas lui faire de peine en lui révélant le fond de sa pensée. Mais à tout bien considérer cette fille devait être encore plus malade qu’elle.
- Ce qui m’intéresse Pauline, c’est de pouvoir faire des rêves comme toi. C’est tellement excitant. Donne-moi le truc.



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