Vendredi 8 février 2008
Avec les développements de l’affaire de l’Arche de Zoé, je m’étais mise à réfléchir, à voir les choses un peu différemment.

De quel droit allait-on arracher des enfants à leur pays ?
Certains parlaient même de néocolonialisme : vouloir faire le bien de ces populations africaines plus ou moins malgré elles. D’éminents représentants de l’Afrique noire nous interpellaient sur le manque de considération et de respect dont font preuve ces associations qui sous couvert d’humanitarisme sont des interventionnistes.

Ces débats éclairèrent l’affaire sous un angle que je n’avais pas envisagé jusque là.
Etais-je aussi en proie au néocolonialisme ? Persuadée que ces enfants seraient plus heureux en France que dans leur village africain. Evidemment, je n’approuvais pas les méthodes de l’Arche de Zoé, mais j’étais enclin à leur trouver des excuses. Ce nouvel éclairage me perturba et je fis mon mea culpa au nom de la dignité de l’Afrique. Malgré sa misère, ses difficultés, on ne devait pas piller ce pays de ses enfants sous prétexte qu’il n’était pas capable de leur offrir un avenir.
Je m’étais mise à y croire même si certains plus avertis (plus cyniques ?) que moi ricanaient en disant «tu parles c’est du pipo, Deby il s’en fout comme de l’An quarante des gamins. Il veut emmerder la France et son arrogance.»

Et voilà qu’ils avaient raison !
Une fois de plus on voit l’Afrique incapable de s’en tenir à ses positions, incapable d’une politique cohérente, incapable d’affirmer son identité.

Parce que la France a aidé son Président à rester au pouvoir, le Tchad se dit prêt à revoir les condamnations des membres de l’Arche de Zoé (tant mieux pour eux).
Mais alors tous ceux qui ont dénoncé un simulacre de justice, une indignation feinte, ils avaient vu juste ?

Pauvre Afrique, ta dignité, balayée ; la crédibilité de ta justice, balayée ;  ta liberté, balayée. Tu es malade de tes dirigeants qui sont autant de mercenaires prêts à tout négocier jusqu’au sang de tes enfants.


Cela me fait penser à un excellent film sur l’histoire d’Amin Dada avec Forest Whitaker, flippant comme jamais dans le rôle d’Amin Dada.
Le dernier Roi d’Ecosse de Kevin Mac Donald
http://www.ledernierroidecosse-lefilm.com/
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Jeudi 7 février 2008
(pour tous ceux que la publicité fait rêver ! suite)

A l’agence, nous avons un bigboss au dessus de Vanderbreloque. De temps en temps, en grand seigneur, il va sur ses terres rendre visite à ses vassaux et s’enquérir des résultats financiers. Je n’ai encore jamais vu Bigboss, alors devant tant d’effervescence j’essaie d’en savoir plus. « C’est un salaud, un jour il a viré un chef de pub parce que sa tête ne lui revenait pas ! », « il vérifie tout, c’est un vrai rapace », « tu vas déguster, parce que Vanderbreloque il flippe à mort quand Bigboss arrive ». Nous avions une semaine pour nous préparer à survivre à l’ouragan.

Le jour J arrive enfin. C’était comme un soulagement pour moi car la tension n’avait pas arrêté de monter pendant les derniers jours au point que plus personne ne pouvait s’adresser la parole sans aboyer et que Katia avait épuisé toute sa réserve de mouchoirs à force de pleurer. Vanderbreloque tournait autour de nous comme un chacal, épiant le moindre de nos mouvements. Un soir, il avait même piqué une crise, en revenant d’une visite au bistrot : « c’est le bordel dans cette boite ». Au passage, il avait balayé de la main le bureau de Sabrina et tout jeté par terre. « Je veux que tout soit rangé ! ». Il s’était ensuite enfermé dans son bureau. Il est comme ça Vanderbreloque, comme le lait sur le feu , d’un seul coup ça déborde. Dans ces cas-là, il vaut mieux ne pas la ramener et se faire oublier. C’est ce que j’ai fait et j’ai réussi à m’en tirer jusqu’à ce fameux jour J.

L’annonce parcourt l’agence à la vitesse de l’ADSL : « il arrive ». Tout le monde fait semblant d’être très occupé. Sabrina ne papote plus avec Serge, Nadia a éteint son portable et Cyril a quitté MSN. Moi, je plonge la tête dans mes classeurs, tout en jetant des petits coups d’œil circulaires pour ne pas louper SON entrée. Le voilà. Malgré moi ma gorge se resserre. Je vois Vanderbreloque sortir de son bureau, encore plus blanc que d’habitude, les yeux encore plus creusés et toujours les mêmes pellicules ! Bigboss sourit. Il ne ressemble pas du tout à Vanderbreloque. Il est bronzé, paraît dans une forme éblouissante, très soigné et délicatement parfumé. Ils se serrent la main. Ils font le tour de l’agence pour que Bigboss puisse saluer ses serfs. Vanderbreloque me présente, il me regarde à peine. Ouf, je vais rester invisible. Je ne suis pas réellement concernée par les événements de la journée : Bigboss passera la plus grande partie de son temps avec Vanderbreloque et ensuite fera le point avec les chefs de pub sur leurs clients. Moi je ne suis qu’une assistante et à cet instant précis je ne le regrette pas. Chaque chef de pub s’est préparé comme il le pouvait à cette épreuve : Serge s’est mis sur son 31, ça vous pose un homme, il veut jouer la carte Winner ; Nathalie a misé sur le décolleté plongeant et « il y a du monde au balcon » comme on dit, je ne sais pas si c’est vraiment la carte séduction ; dans le même registre Lucia a mis une minijupe. Ah les femmes !

La matinée s’écoule calmement et même mortellement. Vanderbreloque revient du déjeuner avec Bigboss et les cadres de l’agence. Il faut savoir qu’il existe un fossé entre chef de pub et assistant chef de pub, entre DA et graphiste. Seuls ceux qui comptent dans l’agence ont le privilège de partager la table du seigneur. A son haleine, je relève avec étonnement que Vanderbreloque n’a pas bu d’alcool ce midi. Il craint donc aussi Bigboss.

C’est alors que le défilé commence. Un à un les chefs de pub ont rendez-vous avec Vanderbreloque et Bigboss en la salle de réunion. L’ambiance est plus chargée que dans le couloir d’une salle d’examen ou qu’à la sortie d’un bloc opératoire. C’est leur vie qu’ils jouent là ! Nathalie ressort. « Alors, alors, comment ça c’est passé ? », ambiance Grand Oral, vous dis-je. Tout le monde fait bonne figure.

Personne n’arrive à se concentrer sur son travail. Les mail restent en suspend et les messages des appels téléphoniques s’accumulent sur les bureaux. Il n’y a que la secrétaire qui bosse. Vanderbreloque et Bigboss passent de la salle de réunion au bureau de Vanderbreloque en redemandant du café. Leurs visages sont graves. « Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ? ». Je me bats pour leur apporter le café. J’ai aussi envie de participer à la grande mascarade moi ! En sortant, les autres me pressent « qu’est-ce qu’ils disent ? ». En fait, je n’ai rien pu entendre. Ils sont déçus et moi aussi.

Maintenant j’en ai marre, il est l’heure « officielle » de quitter le bureau. Après une journée pareille je suis épuisée. Mais je n’ai pas le droit de partir. Vanderbreloque a été clair là-dessus : « personne ne quitte le bureau avant le départ de Bigboss ». Bigboss aime bien qu’on travaille tard, cela doit lui donner l’impression de rentabiliser son argent. D’ailleurs qui téléphone régulièrement après 19 heures ? Je continue à faire semblant de travailler.

Enfin ils sortent.

Bigboss s’approche de moi. Je sens de nouveau cet affreux étranglement.
« Tu as un joli rouge à lèvres ». J’ai mal entendu ou quoi ? Il sort son portefeuille et me pose sur le bureau un billet de 50 euros. « Tu t’achèteras le vernis à ongles qui va avec ». Je suis pétrifiée. Je ne réponds pas, je ne réagis pas. Mon cerveau n’arrive pas à gérer les ordres contradictoires : « jette-lui son billet à la figure ! », « dis-lui  merci Patron ». Quand enfin je me décide, il est déjà parti.

Mais pour qui il me prend ? Pour une mignonne petite fille à qui on tend une friandise ou pour une « poule ». C’est le pire des affronts. Je range le billet dans mon sac : « Ah tu vas me le payer ».
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Mercredi 6 février 2008


Il frappe, il frappe sur son Djembé.
Les coups s’échappent de ses mains en colère. Ses bras lancent sa fureur. Les vibrations de la peau tendue remontent le long de son corps.

Il frappe, il frappe sur son Djembé.
Les sons teintés de sable emplissent ses poumons. Il les retient sous ses côtes. Il entend le chant des enfants au soleil couchant. Ses mains brûlent.

Il frappe, il frappe sur son Djembé.
La chaleur de l’Afrique l’envahit. La joie le gagne. La lutte a laissé la place à la danse. Sa poitrine bat au rythme de la musique.

Il frappe, il frappe sur son Djembé.
Il est fort, il est libre. Il n’y a plus de colère, tout le monde chante. Ses genoux, ses cuisses, ses mains, sa voix : il ne fait plus qu’un avec son instrument.

Et dans une longue transe, ils accompagneront la nuit.







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Mardi 5 février 2008

Est-ce que le corps se délite, le cerveau s’engourdit et le cœur se racornit ?
Elle, son cœur est toujours resté jeune, amoureux et généreux.

Est-ce que l’on bave, que l’on pue et que l’on pète sans s’en rendre compte ?
Elle, elle sentait toujours bon, Opium de YSL.

Est-ce que l’on radote, marmonne et rabâche le bon vieux temps ?
Elle, elle ne pensait qu’à l’avenir, à l’avenir de ses petits enfants.

Elle a tellement donné d’amour
Qu’elle en a reçu jusqu’au dernier jour.

Elle a tellement pensé aux autres
Qu’elle s’en voulait de mourir et de leur gâcher leur Noël

Elle était tellement bonne
Qu’elle en était magnifique

Et même sur son lit de mort, amaigrie et affaiblie,
Elle nous consolait
Elle ne voulait pas nous voir pleurer
Mais on ne voulait pas la laisser s’en aller

Elle partait avec regret,
Elle aurait encore bien cajolé ses arrières petits enfants

Mais quelque part, on ne sait où,
D’autres qu’elle aimait l’attendaient sûrement
Il y avait Joelle, Paulette, Misou et Jean…

Qu’est-ce qui se passe quand on devient vieux ?
C’est là que se mesure l’amour donné aux autres.

Elle, elle a donné sans compter, sans attendre en retour
Et aujourd’hui comme demain nous l’aimerons toujours

Tu me manques
.



Plume - le 4/2/08

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