Jeudi 6 mars 2008

L’orthodontie ce n’est pas que pour les enfants !


Ça y est, j’ai toutes mes bagues ! L’orthodontiste, après ne m’avoir posé que le bas, vient de me poser également le haut. J’ai donc découvert le sourire que j’aurai pendant un an. Les bagues sont translucides et l’arc (le fil métallique qui court le long des bagues) est assez fin pour ne pas être trop visible. Ce qui se voit le plus ce sont les minuscules élastiques qui relient chaque bague à l’arc, ils ont tendance à jaunir. Mon orthodontiste me les changera à chaque visite.

Évidemment c’est un peu douloureux. Tout d’abord ça commence par un mal de tête en sortant de la consultation. Ce n’est pas violent mais c’est comme une sorte d’étau qui enserre doucement le crâne. Puis il y a les mâchoires ankylosées : on a du mal à ouvrir la bouche en grand …et surtout à mâcher ! Fini les sandwichs, bonjour la soupe-compote. Autre habitude à prendre : la brosse à dents dans le sac. C’est une vraie préoccupation pour moi, pire que « est-ce que j’ai de la salade entre les dents ? », là on sait qu’irrémédiablement on aura tout un garde-manger dans le râtelier. Alors on évite de sourire et l’on va se laver soigneusement les dents après chaque repas. J’ai aussi ma petite valisette miniature en plastique vert pomme dans laquelle sont rangées des petites barrettes de cire. À quoi ça sert ? Au départ les bagues peuvent irriter voir blesser l’intérieur de la joue. Pour éviter ça on enfonce un petit morceau de cire sur la bague qui nous gène et alors on n’est plus en contact avec le métal. C’est super bien étudié.

Ce qui est impressionnant (et même inquiétant), c’est que les dents ça bouge très vite. En une semaine, mes dents du bas qui étaient un peu décalées les unes par rapport aux autres forment un arc de cercle parfait. Je n’en reviens pas. Mais alors pourquoi mon  traitement  durera aussi longtemps? «Le travail du haut sera plus compliqué. Ensuite il faudra ajuster les deux mâchoires puis stabiliser. » Bon, je n’ai pas une dentition hors norme, je ne pourrai pas grappiller quelques mois !

Et les réactions de mon entourage ? C’est drôle comme les gens sont discrets. Personne n’ose me poser de questions. Certains ne le remarquent pas. Mais d’autres, je vois à leur arrêt sur image d’une fraction de seconde qu’ils ont repéré l’intrus. Pourtant ils ne me disent rien. Aucune réaction spontanée du style « ah vous portez un appareil et alors c’est comment ? ». C’est étrange. Est-ce qu’ils pensent que j’ai honte et que cela me gênerait d’en parler ou est-ce que cela ne les intéresse pas ? C’est vrai que je suis un peu mal à l’aise. J’appréhende surtout le premier regard et le pire c’est d’affronter un groupe de premiers regards. Prochainement je vais aller à une fête, j’y pense déjà. C’est clair qu’avec cet appareil, je ne me sens pas au top de mon sex-appeal !
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Mardi 4 mars 2008
« Mais qu’est-ce que tu fais ? Quoi, tu viens de te lever ! J'te rappelle qu’on doit présenter les maquettes de Monsieur Leclientleplusimportantdelaboite à Vanderbreloque*.  Tu devais encore faire des modifs ! On va jamais y arriver. Je te conseille d’être quand même là avant lui. »
Je raccroche énervée. C’est pas vrai, on va se prendre un savon. Les maquettes du dépliant des promotions de Pâques ne sont pas finalisées et on a rendez-vous dans vingt minutes avec Vanderbreloque. Non seulement c’est pas simple d’être l’assistante d’un dingue comme ce type mais si en plus la graphiste qui bosse sur le budget n’assure pas !

Je me suis rongée tous les ongles d’une main quand Katia arrive enfin. En tant qu’assistantes, nous devons être à l’agence à neuf heures, quelle que soit l’heure à laquelle on ait pu finir la veille. Ceux qui ont une certaine autorité, c’est à dire les Chefs de Publicité, certains anciens ou le Directeur Artistique, arrivent vers dix heures. Le Grand Chef, Vanderbreloque, vient quand il veut. Personnellement cela ne me dérange pas d’arriver dans les premiers. Le matin, le bureau est calme. J’ai mon petit rituel : je me sers un café (Sabrina arrive encore plus tôt et l’a déjà fait couler) et j’allume mon ordinateur. Ensuite je consulte mes mails et je fais un tour sur mes blogs préférés où je laisse des petits coucous. Bref je commence tranquillement. A partir de dix heures, j’ai Vanderbreloque sur le dos et là je dois être vigilante. Et puis, plus la journée avance et plus le temps passe vite. Le matin, on a l’impression d’avoir l’éternité devant soit.

Katia est posée devant moi, pas maquillée, des épis pleins la tête et une large marque d’oreiller sur la joue.
«T’as fait la fête ?»
Elle me fait signe de me taire en jetant des coups d’œil inquiets autour d’elle. Nous sommes en train de regarder les sorties couleurs quand Vanderbreloque arrive. Il lance un regard sévère à Katia. Il a dû remarquer qu’elle sortait du lit. Il passe d’une feuille à l’autre (il a horreur de regarder les maquettes sur écran). Je n’ai pas besoin de le voir pour sentir qu’il n’est pas vraiment satisfait. Le silence devient pesant. Il n’annonce rien de bon. N’en pouvant plus, j’ouvre la bouche pour commencer à présenter (justifier ?) ce pauvre travail et essayer de lui donner une chance de passer le second tour. Je n’ai pas le temps de parler qu’il pousse un puissant : « qu’est-ce que c’est que ces merdes ? ». C’est bien ce que je craignais. Il a quand même remarqué que c’était pas fini. Katia bredouille quelque chose mais c’est totalement inaudible. Moi je garde les yeux fixés sur les feuilles et j’attends. Tant que l’on ne me demande rien, je préfère me faire oublier.

« Bruno !»
Vanderbreloque interpelle le D.A. qui est censé chapeauter toute la créa de la boite.
«Tu peux m’expliquer ?»
Il lui tend les feuilles qu’il froisse de colère. Bruno essaie de prendre un air détaché et s’apprête à disserter sur la question. Il aime bien disserter. Mais ce n’est pas la tasse de thé de Vanderbreloque la petite causerie philosophique. Il s’énerve. Cette fois-ci Bruno vient de comprendre. Il se tourne vers Katia :
«Mais enfin Katia, qu’est ce que t’as foutu. C’est à chier. Attends c’est quoi ces encadrés ? Et ces dégradés ? Attends ça craint les dégradés. OK c’est Pâques mais c’est pas une raison pour faire dans la guimauve»
Moi je regarde toujours la table même si il n’y a plus rien à y voir. C’est pour cette raison que je ne lis pas la haine dans les yeux de Katia. En s’adressant à Vanderbreloque, Bruno ajoute :
«Je vais tout reprendre parce que là elle est complètement à côté de la plaque. Je m’en occupe et je te présente autre chose dans une heure. Ça ira ?»
«Espèce de salaud !» hurle Katia. Tous les visages du studio sortent de leur écran et la regardent avec stupéfaction. Elle est rouge écarlate et on dirait que ses yeux vont lui sortir du crâne. Sans s’émouvoir le moins du monde, Vanderbreloque me dit «viens, on va se boire un café dans mon bureau». Ce qui veut dire «tu m’apportes un café». Tiens, il ne s’en est pas pris à moi ? Je le rejoins.
«Qu’est ce qui se passe entre Katia et Bruno ?»
J’ouvre de grands yeux.
«Mais je n’en sais rien»
«Ils couchent ensemble ?»
Je me demande d’où il sort cette conclusion.
«Franchement je ne suis au courant de rien»
«Tâche de te renseigner car je n’aime pas ça. Tu fais du bon boulot et je n’ai pas envie que tout soit gâché par cette conne»

Je ne vais certainement pas devenir l’indic de Vanderbreloque même si il me caresse dans le sens du poil !


*le directeur de l’agence de pub pour laquelle je travaille – pour ceux qui n’ont pas suivi les épisodes de « la galérienne » - à lire absolument d'ailleurs !
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Vendredi 29 février 2008

Nouveau rendez-vous de l’atelier d’écriture. Danièle nous propose un exercice : écrire un texte commençant par la phrase «les tulipes au turban de pourpre…».
Elle précise, «il y a un secret dans cette phrase, nous verrons si vous le trouvez». Devant nos visages inquiets, elle nous conseille de nous laisser aller aux images qui nous viennent. «C’est à la fois la magie et le secret des mots».

Au départ, je suis perturbée par cette notion de secret. Qu’est-ce que cela peut bien être ? Je retourne les mots dans tous les sens : un jeu de mots, une contrepèterie, une référence littéraire, historique…vraiment rien.

Bon, il faut que je me mette à écrire, nous avons vingt minutes. Là aussi j’ai du mal : le mot tulipe évoque pour moi la fraîcheur printanière, je vois un grand champ avec toutes ses petites tâches rouges qui se balancent au gré du vent. C’est très léger. Le problème, c’est le rouge. Dans le champ les robes des tulipes sont rouge vermillon et non pas pourpre. Le pourpre ne colle pas au décor. Le pourpre c’est lourd. Autour de cette couleur, on image des tentures, du velours, du drame…
Je suis bloquée par cette dualité : fraîcheur et lourdeur. Est-ce que c’est ça le secret de cette phrase ? Non, c’est moi qui doit délirer. Je lève la tête de mon carnet et je vois que mes co-disciples grattent leurs feuillets. Mon cerveau n’arrive pas à me sortir une image cohérente. Je ne vois rien. Je ne peux rien écrire. C’est ça, j’ai besoin de voir pour écrire. Je chasse le champ et m’oblige à visualiser un bouquet de tulipes pourpre :

«Les tulipes au turban de pourpre inclinent doucement leur tête. A travers leur large feuillage vert tendre, elles se penchent. Elles se penchent si bas qu’elles touchent presque le plateau de verre. Peut être cherchent-elles leur image dans ce reflet glacial ? Elles courbent tellement l’échine qu’on les imagine tomber du vase. Peut-être sont-elles lasses, fatiguées d’attendre dans cette pièce vide où rien ne se passe ?»


C’est pas très gai mais c’est à cause de pourpre ! Les tulipes auraient été jaune et l’ambiance aura été à la fête. Personnellement cet exercice m’a fait touché du doigt l’importance des images suscitées par les mots eux-mêmes et donc l’intérêt de choisir avec minutie chaque détail.

Ce n’était pas le secret de la phrase !
Mais sans le savoir je l’ai effleuré car en voyant mes tulipes s’incliner je voyait leur tête, en voyant leur tige ployer je voyais leur échine.

Eh bien tulipe et turban viennent de la même racine du turc tülbent. Car la tulipe ressemble à un turban (à une tête).
Eh oui voyez-vous la tulipe n’est pas hollandaise mais turque !

C’est ça la magie des mots.




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Mardi 26 février 2008


Toute société humaine fonctionne grâce à une multitude de règles, de codes et de symboles. Ces repères lui permettent d’évoluer en harmonie (plus ou moins) sans que tout soit en permanence remis en question. Ce sont les fondamentaux même d’une vie en communauté.

C’est pourquoi ce que certains appellent «l’incident du salon de l’agriculture» n’en est certainement pas un. Quoi que l’on veuille nous faire croire un Président de la République n’est pas Monsieur Toutlemonde. Dans la réalité et dans l’imaginaire collectif, il est tient une place symbolique : c’est le Chef des Armés, le responsable de notre système judiciaire, celui qui détient le pouvoir d’utiliser l’arme atomique et celui qui doit représenter le peuple français à l’étranger. Pour toutes ses raisons, un Président de la République ne peut pas échapper à son statut. Même si il veut «dépoussiérer» l’image liée à la fonction, il est obligé de respecter un minimum de codes …sous peine de se trouver hors jeu.

En insultant une personne hier au Salon de l’Agriculture, Nicolas Sarkozy a transgressé une règle fondamentale : la maîtrise. Que penser d’un homme qui ne sait pas gérer ses impulsions ? A ce niveau de responsabilité c’est très grave (pensez au bouton nucléaire). Que penser d’un homme qui parle grossièrement et insulte ? De quel droit va t’il donner des leçons de civisme et se mêler de l’éducation de nos enfants ? Que penser d’un homme aussi méprisant et imbu de sa personne ? Peut-on lui confier le bien publique, les réformes de la santé, les problèmes de pouvoir d’achat des Français ?

Il s’agit du plus haut personnage de l’Etat. Ce n’est pas rien.
C’est à dire que si au plus haut niveau de notre pays, on peut insulter et se conduire comme le premier petit «vaurien» venu alors qu’est-ce que cela signifie pour nous tous ?

Symboliquement cela signifie que nous pouvons tous traiter ceux qui nous déplaisent de «pauvre con», nous pouvons tous oublier d’être mesurés dans nos propos, nous pouvons tous nous «lâcher».
Symboliquement, il a perdu le pouvoir d’avoir de grands desseins pour le pays, de conduire de grandes réformes et d’unir le peuple autour d’un projet commun.

Quand on veut être chef, il faut avoir de la grandeur. Sans cela on n’est pas un meneur.

Cet « incident » est un élément de plus qui nous rapproche d’une crise plus forte à venir. Car la perte de maîtrise engendre la perte de confiance.
On ne se défait pas comme ça des codes et des symboles.


Un conseil Monsieur Sarkozy, faites vous discret quelques temps et évitez les sorties en public.

Ecoutez la chronique de ce matin de Stéphane Guillon sur France Inter (désolée, je n'arrive pas à insérer le MP3 du son !)
www.radiofrance.fr/franceinter/chro/lesevadesdufou/



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