Jeudi 27 mars 2008

tea break chez Maryane


Maryane, c’est ma voisine. Elle exerce un drôle de métier : surveillante de cobayes.

Plus précisément, elle est médecin dans un laboratoire pharmaceutique et suit des personnes volontaires pour tester des médicaments. Contre rémunération intéressante, précise t’elle, je l’ai toujours soupçonnée de faire du racolage !
Elle est « du matin » ou du « soir ». Elle a donc un peu de temps libre à la maison. Ce qui nous permet de papoter entre filles autour d’un thé : nos tea break.



- Oh putain t’as vu ma tronche ! (elle parle comme ça Maryane). Je suis moins vieille que toi et je fais dix ans de plus !
- Merci de me le rappeler, on a juste deux ans de différence !
- Qu’est-ce que je peux faire ? Je peux plus me supporter.
- Moi, quand j’ai une tête à faire peur, j’essaie de me sentir mieux : je me maquille.
- Sauf que moi, je ne sais pas me maquiller. Ma mère s’est jamais maquillée et moi non plus.
C’est vrai que je n’ai jamais vu Maryane maquillée.
- Et bien on n’a qu’à essayer.
- Je te dis, j’ai rien.
- Pas de problème, je vais chercher du matériel.
Je reviens avec ma trousse gonflée à bloc. J’ai l’impression de me retrouver des années en arrière comme quand, gamine, je jouais à me maquiller avec ma sœur. On avait des vieux rouges à lèvres qui sentaient le périmé et des fards à paupière de couleurs criardes. On s’extasiait devant nos mines grimées. On jouait aux petites bonnes femmes.
Nous nous installons à la salle de bain, assises sur le bord de la baignoire.
- On va d’abord uniformiser ton teint (attention, je lis les magazines de mode moi !), alors fond de teint, ou crème teintée ? On va faire léger.
Maryane étale la crème teintée.
- C’est pas un peu foncé ?
- Attends un peu, on va rajouter de la poudre. Et voilà que je te poudre tout ça.
- Attention, j’veux pas faire Pierrot non plus.
On tamponne des pommettes.
- J’ai l’impression que mes yeux ont encore rétréci.
- On va faire les yeux et la bouche, t’inquiètes pas.
- Le rouge à lèvres j’aime pas trop, ça fait les dents jaunes.
Maryane saute sur un crayon noir.
- Ça, avec du ricil, c’est la seule chose que j’ai eu un jour dans mon sac. Je sais comment faire, au lycée, on s’en mettait sur le bas de la paupière, à l’intérieur.
Elle est déjà à l’œuvre. Ses yeux sont rapidement cernés de noir à la Cléopâtre. Je ne veux pas tempérer son enthousiasme mais le résultat est, comment dire, « barbouillé».
- C’est pas un peu dur tout ça ?
- Ça agrandit les yeux non ?
- Je te conseille de mettre un peu de fard à paupière pour estomper le trait noir du haut, celui-là par exemple.
Ce n’est pas terrible mais je n’ose pas lui avouer. Pourvu qu’elle ne sorte pas dans cet état dans la rue.
- Tu me mets le ricil car j’ai jamais pu y arriver.
Je commence.
- Arrête de cligner des yeux, je vais te mettre la brosse dans l’œil.
J’ai les mains moites. Bon ça suffira, de toute façon elle ne va pas tarder en enlever tout ça, je crois que mon idée n’étais pas si bonne.
Maryane s’approche du miroir. Elle se scrute.
- Alors on le met ce rouge à lèvres ?
Je préfère abandonner mes conseils et la laisser choisir. Elle recule de deux pas, puis se tourne vers moi.
- Tu trouves pas qu’on dirait un travelo ?
On éclate de rire. Ouf, elle le prend plutôt bien. Là-dessus, son fils de six ans déboule. Il regarde sa mère d’un air dubitatif.
- Tu veux faire peur à tes malades du laboratoire, maman ?
Maryane s’accroupit à sa hauteur : elle n’est pas belle maman ? Le petit se rend compte qu’il a fait une bourde et se ravise : si mais tu fais un peu sorcière…une gentille sorcière.






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Mercredi 26 mars 2008


C’était un jour plombé comme il y en a tant en novembre. Sa lumière blafarde recouvrait tout de sa morosité. Les corneilles criaient lugubrement. Les arbres exhibaient leurs membres nus et décharnés.
Je me tassais, seule sur ce banc, engourdie, ankylosée par la grisaille ambiante. Sans que je sache pourquoi une immense tristesse m’envahissait. J’étais en train de couler dans le paysage. Il m’absorbait, m’infiltrait. Et comme ses lianes métalliques pendant avec lassitude entre deux pylônes, je sentais mes épaules s’effondrer.

« Je peux »

Une voix avait soufflé ces deux mots et, sans attendre ma réponse, s’asseyait à côté de moi. Qu’importe, tout m’était égal. Pourtant dans un dernier soubresaut, je tournai la tête. Je fus frappée en plein cœur. Une décharge électrique venait de me ressusciter. Il y avait tellement de vie dans ce sourire. Un rayon de soleil transperça l’opacité du ciel et entra dans mon œil.

C’est ainsi que je fis la connaissance de Jun. Une rencontre au creux de la vague qui allait modifier la palette des couleurs de mon environnement.




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Mardi 25 mars 2008


Le blog de la Petite Fabrique d'Ecriture propose des jeux d'écriture à ceux qui le souhaitent, celui qui sévit en ce moment est sur le thème de "perdre". Je me suis donc mise à délirer sur le sujet et je crois que l'excès de chocolat n'est pas forcément bon pour mes neurones...perte de raison peut-être.



Qui suis-je ? Je me regarde dans la glace. Ce visage me dit vaguement quelque chose. L’impression de voir quelqu’un qui m’est familier, sympathique même, mais que je ne parviens pas à resituer.
Mon cerveau tourne dans le vide. J’incline la tête. Je me souris.

Ça ne vient pas.

Je cherche dans mes souvenirs. A part ce que j’ai mangé ce matin, le visage de l’infirmière et les explications du médecin, il n’y a plus rien dans ma tête. J’ai perdu la mémoire, m’a t’on dit.

Je ne peux pas dire si cela fait un drôle d’effet car je ne me souviens pas d’avoir été autrement. J’imagine que quand on a toute sa tête, elle doit être pleine des petites et grandes choses de la vie qui s’y sont accumulées. Moi, je n’ai rien.

Est-ce que je suis triste ? Non. J’ai de l’espace plein la tête, mon esprit n’est pas encombré. Je me sens toute neuve. L’infirmière m’a demandé : vous préférez du café ou du thé ? Je n’en savais rien bien sûr. Le mot thé me paraissait un peu abrupte, un peu court. Alors j’ai choisi café. Puis : pain ou croissant ? Le croissant était plus croustillant à mes oreilles. J’ai laissé la musique des mots guider mes choix.

Ensuite j’ai ouvert la fenêtre de ma chambre pour respirer le soleil. J’étais bien. Une petite bête volante en a profité pour venir se poser sur mon poignet. Je l’ai vu replier hâtivement ses vilaines ailes sous une coque noire mouchetée. J’ai hurlé. L’infirmière s’est précipitée : il ne faut pas avoir peur, c’est une coccinelle.
Coccinelle. Tiens c’est joli comme nom mais un peu espiègle. J’ai de nouveau hurlé quand elle s’est envolée. Je n’aime pas les ailes des coccinelles.

Je remplis tout doucement ma cervelle avec des petits riens insignifiants.
C’est comme si je venais de naître et que je voyais chaque chose qui m’entoure pour la première fois, sans a priori, sans préjugé. Il faut que j’en profite car je sens que cela ne durera pas.

En perdant la mémoire, j’ai gagné une occasion de réapprendre la vie, de reconstruire le mécano de mon cerveau. J’aimerais avoir un beau cerveau, bien rangé et bien garni.

Mais peut-on faire mieux si on ne se souvient pas de ce que l’on avait avant ? Y a t’il moyen de progresser sans l’expérience ? Est-ce que, après avoir tout perdu, on peut re-construire ou seulement construire à nouveau ?






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Samedi 22 mars 2008


« Cela s'est passé près de Toulon », a raconté Horst Rippert, 88 ans, qui pilotait à l'époque un Messerschmidt ME-109. «Il volait au dessous de moi alors que j'effectuais une mission de reconnaissance au dessus de la mer. J'ai vu les cocardes et j'ai viré de bord pour me placer derrière lui et je l'ai abattu»

« Si j'avais su que c'était Saint-Exupéry, je ne l'aurais jamais abattu », a-t-il affirmé. Il dit n'avoir appris que bien plus tard qu'il était responsable de la disparition de Saint-Exupéry. «Dans notre jeunesse nous l'avions tous lu, on adorait ses bouquins».



« Adieu, dit-il…
- Adieu, dit le renard. Voici mon secret. Il est très simple : on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux.
- L’essentiel est invisible pour les yeux, répéta le petit prince, afin de se souvenir.






Soixante-quatre ans après la disparition de Saint-Exupéry le 31 juillet 1944, Horst Rippert est sorti de l'ombre pour reconnaître les faits, dans un ouvrage à paraître en France le 20 mars.
Horst Rippert, qui fut journaliste à la ZDF (2è chaîne de télévision allemande) a été retrouvé au terme d'une longue enquête, menée par un plongeur marseillais, Luc Vanrell, et par le fondateur d'une association de recherches d'avions perdus pendant la guerre, Lino von Gartzen. Celle-ci est racontée dans un ouvrage co-signé par M. Vanrell et par le journaliste Jacques Pradel - Saint-Exupéry, l'ultime secret. Les hypothèses les plus diverses ont circulé sur la disparition de « Saint-Ex » pendant plus d'un demi-siècle, jusqu'à la découverte en 1998, d'une gourmette au nom de «Saint-Ex», remontée dans les filets d'un pêcheur au large de Marseille.
Parti le 31 juillet 1944 de Borgo (Haute-Corse) à bord de son Lightning P38 pour une mission de reconnaissance et d'observation photographique pour préparer le débarquement de Provence, Saint-Exupéry n'était jamais rentré à sa base. Les morceaux de l'avion de l'auteur du Petit Prince et de Pilote de guerre ont été remis en juin 2004 au musée de l'Air et de l'Espace du Bourget.

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