De nouveau nous nous retrouvons mardi soir pour notre atelier d’écriture. Le groupe commence à prendre ses marques et l’ambiance est de plus en plus détendue (la
prochaine fois j’apporte des petits gâteaux).
Notre « animatrice » Danièle, nous a donné une nouvelle épreuve : l’auto correction.
A partir d’un texte que nous avions rédigé précédemment (voir le goût de l’amitié), elle nous a demandé de le reprendre, de « l’oraliser », et de le modifier si
nécessaire.
Ce travail m’a inspiré deux réflexions :
1. l’oralité
C’est vrai que relire un texte à haute voix change les choses. On en perçoit mieux la musique et l’on peut ainsi plus facilement repérer les passages qui manquent de
fluidité ou les mots qui ne sonnent pas bien.
C’est une bonne habitude à prendre. Je l’adopte.
2. l’auto correction
La réaction de la plupart des membres du groupe a bien illustré la difficulté qu’il y a à prendre du recul sur ses productions. Plusieurs ont essayé de mettre en
avant des prétextes (c’était plutôt mignon !) pour ne pas se prêter au jeu : « mon texte est déjà très court, je ne vois pas ce que je pourrais encore enlever », « je l’ai déjà beaucoup travaillé
», « c’est très personnel, si je dois le retravaillé cela ne le sera plus ». Bref il y avait pour la première fois de la mutinerie dans l’air. Mais notre capitaine a su remettre en douceur tout
le monde dans les rails.
Pour ma part, je n’ai pas rechigné car je suis plutôt du style « éternelle insatisfaite » et prête à tout reprendre sans cesse. Je dois au contraire me fixer des
limites de ce côté-là. D’ailleurs une question me hante à ce sujet : jusqu’où faut-il corriger ? Y a t’il un moment où la correction dénature l’essence du premier jet ?
Pour revenir à nos corrections, voilà ce que j’ai modifié
(le premier texte sur la page doduedelaplume.over-blog.com/article-16126028.html. )
« Si l’amitié avait un goût, ce serait un goût qui appelle l’appétit. Un goût de « reviens-y »
comme on dirait chez moi. Qu’il soit sucré ou salé, c’est l’affaire de chacun. peu importe, Une affaire
de goût justement. (Pour moi), il s’agit s'agirait d’un goût doux et subtil ; je n’aime pas les saveurs qui s’imposent et
envahissent tout le palais. Ce serait un goût long en bouche comme un bon vin. J’aime les amitiés fiables et durables. Enfin un goût qui ne
s’altèrerait pas avec les années. Un goût qui tient tiendrait ses promesses d’arômes et qui
rester demeurerait fidèle à sa première rencontre. »
Ce qui est entre parenthèses, j’hésite à le supprimer.
Je me rends compte qu’il est souvent nécessaire d’épurer une première écriture.
Ce que j’apprécie dans cet atelier, c’est la façon dont nous sommes amenés à faire notre propre chemin, à découvrir les méandres de l’écriture par nous-même. Pour la
première fois j’ai eu l’impression que nous n’en étions pas tous au même stade. Certains sont prêts à être un peu plus guidés, à entendre une opinion ou des conseils par rapport à leurs textes,
d’autres non.
Depuis des semaines Lucia nous promène ses brochures de Club de vacances sous le nez. "Et qu’est-ce que tu penses du Mexique, ou plutôt les Antilles ? Oh oui les Antilles ce serait plus cool, je
serais moins tentée de visiter. Ce serait plages, plages,plages. Et puis avec P.H (Pierre-Henri pour les non-intimes) – là, elle glousse – on veut se payer du bon temps."
Il faut préciser que Lucia a trente-sept ans, que cela fait vingt ans qu’elle cherche l’Homme de sa vie et deux ans qu’elle cherche le Père de ses enfants. Il y a trois mois,
elle a mis le grappin sur un type. Depuis, elle se prend à rêver du grand amour. Entre nous, on n’y croit plus trop car "le grand amour", elle nous en a présenté plus d’un.
Pour l’heure j’ai tendance à l’éviter car j’ai du boulot par dessus la tête. J’ai un plan média à chiffrer pour Serge et ça, c’est vraiment galère. Oui de temps en temps Vanderbreloque me prête.
Il est assez calme en ce moment. Il partage son "temps de travail" entre le bistrot et le bureau. Il ne me demande rien donc tout va bien.
Il y a pourtant quelque chose qui me fait relever la tête de ma calculatrice, ce sont les passages de Nathalie devant mon bureau. D’une part Nathalie a le pas lourd, ce qui fait vibrer mes
crayons dans leur pot à chaque fois qu’elle martèle le sol de ses talons ; et d’autre part, elle a le parfum capiteux ce qui ne manque pas de me chatouiller les narines et d’engourdir ma
cervelle. J’ai horreur de cette eau de toilette ! Bref je ne peux pas manquer ses allées et venues car mon bureau est ouvert sur le couloir qui donne sur le bureau de Vanderbreloque. C’est
pratique pour lui, depuis son fauteuil, il peut me surveiller ou encore hurler mon prénom ou « café ».
Il est clair que si il peut me surveiller, moi aussi. En fait j’occupe une place stratégique qui me permet de savoir avec qui s’entretient Vanderbreloque. Et depuis quelque jours Nathalie vient
souvent le voir et elle ferme la porte. Fait doublement suspect. D’une part, personne ne va voir spontanément Vanderbreloque, sauf cas de force majeure du type demande d’augmentation par exemple,
et d’autre part on évite de fermer la porte car rien que la notion d’intimité avec lui fait frémir. C’est donc très très louche.
«Qu’est ce que tu en penses Sabrina ?» Sabrina est un des piliers de l’agence, c’est une très bonne source de renseignements. «Il faut se méfier de Nathalie. C’est une vraie langue de pute .» «Ah
oui ?» «Elle dit du mal de tout le monde, elle va certainement balancer à Vanderbreloque» «Ah oui ?» «Il aime ça lui les taupes. Tu connais diviser pour mieux régner».
Ca alors Nathalie est un agent double : elle nous lâche des infos sur le chef et en même temps elle lui cafte tout ! Et bien si elle lui parle de moi, il va pas être déçu. Remarque qu’il doit
bien se douter que je ne le porte pas dans mon cœur.
Et puis les jours passèrent et Nathalie ne passa plus. Lucia partit enfin en vacances à St Domingue. Elle serait absente quinze jours. Elle nous enverrait une carte postale. Elle avait tout
organisé pendant son absence : réparti ses clients entre Serge et Nathalie, distribué des planning et des listes de consignes.
Le calme s’installa à l’agence. Petit à petit l’atmosphère commença à se charger d’électricité sans que j’en comprenne la raison. Vanderbreloque avait l’air furieux mais ce n’était pas à cause de
moi. Branle-bas de combat, Bruno, Serge et Nathalie étaient convoqués dans le bureau du chef. Cela ne présageait rien de bon. Ce genre de conciliabule débouchait en général sur des reprises en
main sévères de la part du chef, voire du remaniement. La tension était à son comble dans les bureaux. Chacun redoutait avec anxiété l’envoi des missiles en priant de ne pas faire partie des
dommages co-latéraux.
Je partis aux nouvelles chez Sabrina. «C’est Lucia» «Mais elle n’est pas là» «Justement» «Excuse-moi je suis peut-être un peu longue à la détente mais je ne comprends pas»
Sabrina leva les yeux au ciel, décidemment celle-là fallait tout lui apprendre ! «Quand tu pars, les autres ont accès à tes dossiers, les clients se plaignent et en profitent pour te mettre leurs
erreurs sur le dos, les fournisseurs aussi, bref tout le monde te descend…même (et surtout) tes collègues.». Je n’en revenais pas, bonjour l’ambiance ! Finalement je préférais encore travailler
avec Vanderbreloque, au moins avec lui c’était clair : nous étions ennemis. «Apparemment Lucia a fait pas mal de conneries ce qui a fait perdre du fric à l’agence» «Mais comment on le sait ?» «Je
pense que cela vient de Nathalie»
Mais pourquoi ? «Ça fait longtemps qu’elle louche sur le budget Bongo» «Et elle croit qu’elle va le récupérer comme ça» «J’en ai bien peur»
Quelle traîtresse !
« Faut pas partir en vacances, tu sais jamais si t’auras encore ton boulot en rentrant. »
La Maison Blanche a annoncé que les Etats-Unis pourront utiliser à l’avenir la simulation de noyade pendant les interrogations de personnes soupçonnées de
terrorisme
"Michael L. travaille pour la CIA dans une base secrète aux USA. Il occupe un poste sans responsabilité à un faible niveau de la hiérarchie. Il est «
opérateur en simulation de noyade ».
A la fin de sa journée, il rentre à la maison retrouver sa femme et ses deux fils.
- Ah quelle journée : dix simulations aujourd’hui. Deux y sont restés. Mais qu’est-ce que tu veux faire ? Y’a de ces têtes de pioche. C’est de leur faute, ils ne veulent pas parler. Ils le
connaissent le risque.
Sa femme, Debby lui sort une bière.
- Et ta prime ?
- T’inquiète pas je reste quand même bon sur les pourcentages de pertes autorisées.
En lui posant un baiser sur les cheveux, il ajoute : Tu l’auras ton jacuzzi.
- T’as entendu les déclarations d’Amnesty International ? Ils disent que vous êtes des bourreaux, des assassins.
- Ah ces communistes, ces terroristes ! Tu parles ces trucs là c’est noyauté par des pays complices du terrorisme, par les européens avec leurs belles paroles. Michael frappa du poing sur la
table. Nous, on est en guerre et comme dit le Chef on ne fait pas d’omelette sans casser les œufs. T’en tue dix, y’en a cent qui descendent des montagnes. On défend le drapeau, la démocratie.
Michael finit sa canette.
- Crois-moi c’est pas facile. Ils se débattent les bougres. De vrais démons. Des fois j’en ai des crampes dans les bras de leur tenir la tête sous l’eau. Tiens tu te rappelles de celui qui
m’avait écorché le bras. Même avec les chaînes ils sont dangereux. J’te l’ai arrangé mon vieux celui-là. Par les cheveux que j’l’ai pris…
Michaël se lève et mime la scène.
- Moins fort les enfants jouent à côté. Ils sont encore trop petits pour ce genre de chose.
- Mais attends qu’ils grandissent, je leur dirai ce qu’il fait leur Papa pour qu’ils puissent vivre en paix. On va tous les tuer ces chiens.
C’est tous les soirs comme ça, Michaël raconte sa journée et s’énerve. Debby est fière de son mari mais elle s’inquiète. Il a changé. Il est devenu très agressif. Il est anxieux aussi. Il doit
prendre des somnifères pour dormir. Et puis il y a ses cauchemars…
« Michaël n’en peut plus cela fait deux heures qu’il s’acharne sur TA451. Il le connaît bien, ce n’est pas la première fois qu’il l’a au bac. Celui-là, il est coriace. Il n’est pas facile à
casser. Il le défit avec son regard noir de haine. Ah si il n’avait pas les chaînes sûr qu’il lui sauterait à la gorge. Il serait même capable de lui sectionner la carotide avec les dents. Ca
c’est vu. Ce sont de vrais animaux, des barbares. Mais cette fois-ci Michaël oscille entre la colère et la peur. Il sent que l’autre ne veut pas lâcher . Il a crié un truc dans sa langue avant de
plonger la tête sous l’eau. C’est un mauvais présage. Michaël craint de devoir aller jusqu’au bout avec lui. Pourquoi font-ils ça ? Ils ont seulement à parler. Pourquoi est-ce qu’ils résistent,
merde. Ce con ne se débat même pas. Michaël le sent mal. Il aime pas les sentir devenir tout mou, sentir leurs jambes se dérober et devoir les sortir de l’eau. Et surtout voir leur visage. Et
leurs yeux. Leurs yeux grand ouverts. Des yeux immenses qui le regardent. »
Michaël hurle. Debby le secoue. Il se réveille. Il est couvert de sueur.
- Je l’ai encore vu Debby. Il me regarde à travers leurs yeux.Dieu n’approuve pas ce que nous faisons. Lui seul choisit l’heure de la mort des Hommes.
- Ce ne sont pas des hommes, ce sont des infidèles.
- Je ne sais pas. Quand ils me regardent…Je ne sais plus.
Michaël s’effondre en larmes.
- Tu es sous pression ces derniers temps. Tu iras en parler au Révérend dimanche. Tu verras il saura trouver les mots pour te rassurer.
Elle ne sait pas ce que c’est, Debby, que de tenir la vie d’un homme entre ses mains et de décider de le la lui prendre. Ce n’est pas humain. "
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