Comme je le racontais précédemment dans "comment choisir un texte", chaque participant à l'atelier de lecture lira un petit texte de son choix demain soir.
Après de multiples tergiversations et questions méthaphysiques, mon choix s'est porté sur un extrait de "la plaisanterie" de
Kundera.
Oui ; je suis allé flâner.J’ai fait halte sur le pont de la Morava et regardé le courant. Qu’elle est
vilaine, cette Morava (rivière si brune qu’on croirait que son lit contient de la glaise liquide plutôt que de l’eau) et combien lugubre sa rive : une rue de cinq maisons bourgeoises à un étage,
séparées, chacune pour soi plantée là, orpheline saugrenue ; peut-être devaient-elles constituer l’embryon d’un quai dont l’ambition prétentieuse ne se réalisa jamais ; d’eux d’elles elles portent,
en céramique et en stuc, des angelots et des motifs qui sont déjà crevassés : l’ange n’a plus d’ailes et les motifs, décapés par endroits jusqu’à la brique, sont devenus inintelligibles. Là où la
rue des maisons orphelines se termine, il n’y a plus que les pylônes en fer des lignes électriques, de l’herbe avec quelques oies attardées, et puis des champs, des champs sans horizon et qui s’en
vont nulle part, des champs parmi lesquels disparaît la glaise liquide de la Morava.
Les villes savent se servir l’une de l’autre comme d’un miroir, et moi, dans ce panorama, je vis d’un seul coup Ostrava, cette ville de mineurs semblable à un gigantesque dortoir provisoire, pleine
de bâtiments abandonnés et de rues malpropres débouchant sur le vide. J’étais pris au piège ; je me trouvais sur ce pont comme un homme exposé au tir d’une mitrailleuse. Je ne voulais pas
contempler plus longtemps la rue abandonnée et ses cinq maisons éperdues, parce que je me défendais de penser à Ostrava. Donc je fis demi-tour pour suivre la rive à rebrousse-courant. Par là
passait un petit chemin bordé d’un côté par une épaisse rangée de peupliers : une étroite allée-point de vue. Sur la droite, le talus couvert d’herbe et de plantes folles descendait jusqu’au niveau
de l’eau ; plus loin, au-delà de la rivière, le regard découvrait des entrepôts, des ateliers et des cours de médiocres fabriques ; à gauche du sentier, c’était d’abord une interminable décharge
d’ordures, suivie de vastes champs que piquaient les assemblages métalliques des pylônes portant des câbles à haute tension. Dominant tout cela, j’allais le long de l’allée étroite, comme si
j’arpentais quelque longue passerelle au-dessus des eaux – et si je compare ce paysage entier à une immense étendue d’eau, c’est parce que j’en sentais le froid me pénétrer ; et que je longeais
cette allée comme si je risquais d’en dégringoler. Je me rendais compte en même temps que l’étrange atmosphère du paysage n’était qu’un décalage de ce que je m’étais interdit d’évoquer après la
rencontre de Lucie ; comme si mes souvenirs refoulés imprégnaient tout ce que ce que j’apercevais en ce moment autour de moi, le désert des champs et des cours et des hangars, l’opacité de la
rivière et cette froidure omniprésente qui conférait son unité à l’ensemble du décor. J’eus conscience que je n’esquiverais pas mes souvenirs, ils m’assiégeaient.
Pourquoi ai-je fait ce choix finalement ? Kundera est un auteur que j'apprécie beaucoup pour son style et pour sa façon de nous
lancer sur des pistes de réflexion sans en avoir vraiment l'air. Rien n'est lourd et tout est profond.
«Ce qui distingue l'autodidacte de celui qui a fait des études, ce n'est pas l'ampleur des connaissances, mais des degrés différents de
vitalité et de confiance en soi.»
[ Milan Kundera ] - L’insoutenable légèreté de l’être
D'autres citations de Kundera sur www.evene.fr/celebre/biographie/milan-kundera-185.php
Mardi prochain, nouveau rendez-vous pour l’atelier d’écriture.
Danielle (l’écrivaine) nous a proposé de choisir un texte afin de le lire au groupe. Sur le moment je me suis dis « c’est chouette ». Mais c’est un cadeau empoisonné. Comment choisir ?
Il y a de nombreux auteurs que j’aime beaucoup, lequel privilégier, quel passage du livre choisir ? C’est un vrai casse-tête. J’ai une dizaine d’ouvrages éparpillés autour de mon lit.
Et si finalement le choix était rendu si difficile par son caractère personnel. La lecture a quelque chose d’intime. Présenter un extrait de texte qui nous plait, nous a touché révèle forcément
une parcelle de soit. C’est peut-être pour cette raison que j’ai du mal à choisir. Je ne veux pas me révéler ou alors je ne veux pas que l’on me «classe» en fonction de ce que j’aurai lu.
C’est un peu la même chose en écriture. Comment réussir à se débarrasser de toutes les limites conscientes ou inconscientes qui nous emprisonnent ? On subit, sans forcément toujours sans rendre
compte, le poids du regard de l’autre et la crainte de son jugement.
Si je veux avancer, il faut que je prenne de la distance avec ces sentiments.
Ce petit travail en atelier n’est peut-être pas si anodin qu’il y paraît.
L’Alsace, c’est beau mais l'alsacien ça craint !!
Ouille ouille ouille, je vais m’attirer des ennuis avec ça.
Eh bien oui, l’Alsace a beau être devenue ma terre d’adoption j’ai toujours du mal à supporter les gens qui parlent alsacien entre eux alors que je suis avec eux et
que je ne parle pas (ni ne comprends) cette langue.
On a l’air de quoi dans ces cas-là ?
Je pue le munster ou quoi ? ou plutôt je pue le roblochon ou quoi ?
Sans être parano, ça rime à quoi de se comporter de cette façon ?
Sur ce coup de colère me voilà partie pour une nouvelle croisade : c’est nul les langues régionales, à quoi ça sert, faut arrêter le délire de vouloir les enseigner à
l’école primaire et patati et patata.
Là dessus mon ibérique de chéri de réagir : « mais pas du tout une langue ça fait partie de l’identité régionale ».
Evidemment, les Espagnols avec leur sacro sainte identité régionale !
« Mais oui, ces langues régionales, il faut savoir les entretenir, les garder vivantes. C’est un patrimoine à préserver. »
C’est ça. Mais une langue ça sert à quoi à la base ? A communiquer avec les autres, non ? Alors si on est tous avec nos langues régionales comment on va se comprendre
?
Moi je suis pour l’Espéranto. Voilà.
(et puis ça m’arrange car comme je suis nulle en langues je préfère en apprendre une ou deux plutôt qu’une flopée.)
Je me suis accordée un grand break ce week-end car c'était mon anniversaire.
Eh oui Dodue est capricorne. Sans vouloir me vanter c'est un des meilleurs signes ;).
Bref.
En règle générale, je n'aime pas beaucoup fêter cet événement car je dois bien l'avouer cela me donne toujours un peu le bourdon et puis je ne me sens pas à l'aise dans le rôle de la "reîne de la
soirée".
Mais cette fois-ci, surprise !
Ooooh combien inattendue, c'est mon chéri qui avait tout prévu.
OK, je raconte ma vie, mais c'est mon blog et dans la rubrique "A propos de Dodue", je m'épanche un peu.
Alors mon chéri avait tout organisé en cachette. C'est pas dans ses habitudes mais là il s'est surpassé.
Le thème du week-end : retraite en amoureux.
Nous sommes donc partis, pas très très loin de chez nous, dans un petit nid dont je ne soupsonnais même pas l'existance : "au violon d'Ingre".
Malgré un côté "petit bourgeois" qui ne me correspond pas vraiment, je dois dire que j'étais aux anges. Mon chéri avait pensé à moi et secrêtement il avait réfléchi à ce qu'il pouvait faire pour
me rendre heureuse. Il avait pris de son temps pour me faire un cadeau, pour me faire plaisir.
Eh oui, on est comme ça nous les femmes !
Alors je l'aurais suivi n'importe où. Et même si la déco (lourdes tentures, moquette épaisse et tableaux à fleurs) n'est pas mon truc, je n'allais pas bouder mon plaisir.
Je me suis faite toute belle pour descendre au restaurant.
Il s'est retenu de me balancer un "alors, heureuse ?" et je lui ai pris la main. Comme on était mignon.
Et là, moi, je ne me suis pas retenue : "tu trouves pas que ça fait cliché cette soirée. T'aurais pas un petit écrin à m'offrir ? A moins que tu ne te mettes à genoux pour me demander en
mariage."
Et paf,
Le voilà qui me sort un petit paquet, de forme alongée avec un ruban de Swarovski.
J'avais encore perdu une bonne occasion de me taire !
Quelqu'un avait changé mon homme ou quoi ?
Allons, allons pas de sarcasmes, au fond de moi j'étais follement heureuse. On a beau ne pas être fleur bleue c'est le genre de truc qui fait craquer.
J'étais très gênée d'ouvrir mon paquet sous les regards amusés et attendris du personnel de salle.
Un superbe bracelet qui brille de mille feux...pratiquement une rivière de diamants !
Alors là, j'ai vraiment été épatée. Chapeau chéri ou plutôt : chapeau Chéri (tu mérites bien une majuscule après ça !).
En tout cas lundi j'ai raconté cette histoire à toutes les copines que j'ai eu en ligne. Elles n'en revenaient pas et étaient vertes de jalousie. J'en connais qui n'ont pas intérêt de se louper
pour leur anniversaire.
En conclusion,
- je dirais aux femmes : les hommes sont pleins de ressources et même ceux qui ne vous achètent jamais de fleurs peuvent un jour vous surprendre.
- je dirais aux hommes : voyez comme c'est simple de rendre une femme folle de joie.
- et en ce qui me concerne, je vous rassure, après cette parenthèse romantique, j'ai pu constaté que mon chéri n'avait pas été touché par un sortilège et qu'il était bien toujours le même.
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