Dimanche 18 janvier 2009
Si j’étais un animal, je serais un Renard.
Cela fait deux fois que je croise ce grand type un peu dégarni. Il a l’air de chercher quelque chose. Et bien voilà, il vient vers moi. J’aurais mieux fait de ne pas le regarder.
- Bonjour, est-ce que vous connaissez un restaurant chinois dans le quartier ?
- Dans le quartier, il n’y en a pas. C’est plutôt pizzerias et Winstubs.
- Ah dommage, j’aime beaucoup manger asiatique.
J’ai bien envie de lui dire, qu’à mon avis, entre un chinois et un japonais, il y a un monde. Mais je m’abstiens.
- Et vous bossez dans le coin ?
Je n’ai pas envie de lui raconter ma vie alors pour faire court, je dis oui. Ce qui est par ailleurs tout à fait vrai puisque je travaille et que j’habite dans le coin. Aujourd’hui par exemple, je ne bosse pas et j’ai un mal de crâne terrible. C’est pour cela que je porte de grosses lunettes de soleil et que j’ai la tignasse en bataille. Mais, comme je l’ai déjà dit, je n’ai pas envie de raconter ma vie.
- Moi je travaille dans le quartier. Avant j’étais sur Haguenau et là-bas il y avait beaucoup de restaurants chinois.
Une fixation décidément. Tiens c’est drôle ce type a une mâchoire très étroite. Je fais souvent ça quand on me parle : je détaille minutieusement le visage de mon interlocuteur comme si j’allais devoir exécuter son portrait robot.
- Et vous, vous allez manger où le midi.
- Je rentre chez moi.
- Alors vous n’habitez pas très loin.
- Oui, c’est ça.
Il commence à me fatiguer avec ses questions et ses petites lunettes rondes. Car je le répète, je n’ai pas envie de raconter ma vie.
- Vous pouvez me donner votre numéro de portable ?
- Non.
C’est la seule chose que j’ai envie de répondre.
- Pourquoi ?
Là, c’est une question épineuse. Comment dire ? Connaît-il le Renard du Petit Prince ? Non certainement pas, sinon il n’aurait jamais été aussi direct, aussi intrusif. Il faut apprivoiser une personne avant de lui demander une chose pareille. En tout cas en ce qui me concerne. Que pourrait-il bien faire de mon numéro ? Il se croit sur FaceBook : veux tu devenir mon ami ? Ou alors sur Meetic ? Faut-il que je lui explique que je ne cherche pas d’ami et encore moins de « coup ». Il ferait certainement comme les télévendeurs :
- Je suis sûr que vous avez toujours rêvé de posséder des terrines en porcelaine de Limoges.
- Non, je vous assure.
- C’est pourtant indispensable pour cuire un bon foie gras.
- Écoutez, cela ne m’intéresse absolument pas.
- Là, je suis obligé de vous dire que vous avez tort chère Madame.
- Et moi je suis obligée de vous dire que vous commencez à « me les briser, menu» !
(enfin si je peux reprendre cette expression oh combien célèbre)
Attention, ne t’embarque pas dans des discussions sans fin et toujours pénibles, me suis-je dit. N’accable pas ce pauvre gars qui cherche tout simplement de la compagnie. Seulement, il faudrait qu’il arrête de s’entêter et qu’il se rendre qu’à l’évidence, il n’a pas frappé à la bonne porte.
- Pourquoi, vous avez peur que je vous harcèle ?
- Non, parce que je ne suis pas du genre à me laisser harceler.
Et voilà ce qui se passe quand on taquine un peu trop un Renard non apprivoisé, il montre les dents. Et si on insiste un peu, il mord.
Publié dans : les humeurs de Plume
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Communauté : LA PLUME D'ECRIVAINS
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